Que nous apporte la mort de Jésus?

(Propositions pour une foi contemporaine)

 

La mort de Jésus est-elle une bonne nouvelle ? C’est ce qu’on essaye de nous faire croire depuis des siècles. Pourtant, on pourrait penser qu’elle n’est que l’échec de sa mission et le triomphe de la jalousie, de l’obscurantisme et de la méchanceté. Certes, on pourrait dire que cette mort est dépassée par la résurrection qui est, elle, une bonne nouvelle, mais cela ne suffit pas à donner une vraie valeur à la mort du Christ en tant que telle.

La théologie traditionnelle a dit souvent que Dieu avait voulu la mort de Jésus, qu’elle était comme le but de sa mission, et que par elle, nous étions pardonnés de tous nos péchés et sauvés par lui.

Le plus souvent, on entend une interprétation sacrificielle de la mort de Jésus : Jésus serait comme un sacrifice offert à Dieu pour qu’il nous pardonne. On trouve cela dans bien des liturgies de la Cène, c’est la théorie de la « satisfaction vicaire » : Dieu exigerait une compensation pour tout le mal qui est dans le monde, et sa justice demanderait que les pécheurs payent le prix de leur péché par leur mort. Or Jésus accepte de payer pour nous tous en mourant à notre place. Et sa vie ayant une valeur infinie, le prix qu’il paye à Dieu vaut pour tous. Ainsi Dieu se satisfait de la mort de son Fils à la place de toutes les nôtres, et il est comme un sacrifice d’une valeur infinie offert à Dieu pour le pardon des péchés de tous.

Cette théologie est effroyable, et il n’y a pas de raison de vouloir se l’imposer. Elle est absente des quatre évangiles, et présente plus un Dieu pervers qu’un Dieu d’amour. On ne paye des « rançons » qu’à des gens peu sympathiques, et on ne peut imaginer que Dieu exigerait la mort sanglante d’un innocent pour pouvoir nous sauver ou nous pardonner. Ou Dieu veut nous sauver, ou il ne le veut pas, et s’il le veut, pourquoi ne voudrait-il le faire qu’au prix de la mort de son propre fils ? Non, Dieu nous pardonne par amour et parce qu’il le veut, il n’a besoin de rien d’autre.
Ensuite dans les thèses classiques à problèmes, est celle de Jésus qui « ôte le péché du monde ». Jésus se chargerait de tous nos péchés, et en mourant les emmènerait dans le néant avec lui. Comme le « bouc émissaire », ou comme la lessive qui capture les particules de saleté dans le savon pour les entraîner, lors du rinçage, dans les égouts ! Mais c’est une mécanique un peu trop primitive pour être vraiment adéquate à l’amour de Dieu. L’Agneau de Dieu n’«ôte» pas le péché́ du monde, il le « porte » (Jean 1,29 et Esaïe 53), il « prend » sur lui le péché́, Jésus a dû, en effet, supporter la bêtise et la méchanceté́ du monde qui est retombée sur lui pour pouvoir effectuer son ministère.

Mais si Jésus n’est, ni une rançon payée à un malfaiteur, ni une lessive qui lave nos fautes, alors que nous apporte sa mort ?

Certains répondent brutalement : rien ! La mort de Jésus n’est que du mal, et seule la résurrection est une bonne nouvelle !

Ceux qui vont dans ce sens disent que ce qui nous sauve, ce n’est pas sa mort mais ce qu’il a fait dans sa vie, sa prédication, ce qu’il nous a fait connaitre du Père, son amour et sa volonté à notre égard. Nous serions ainsi sauvés plus « malgré́ » sa mort que « grâce » à elle. Le Christ est « parole », donc l’essentiel, c’est son témoignage, son Evangile, c’est cela qui nous donne la vie, et c’est pour cela que Dieu l’a envoyé dans le monde. Sa mort est ainsi plutôt comme un échec : on aurait pu espérer que le monde l’écoute et se convertisse, au lieu de cela, il l’a rejeté et tué, ainsi qu’on peut le comprendre dans la parabole des Vignerons (Matt. 21,37).

Dans ce cas donc, la mort de Jésus n’aurait de sens que par rapport à la résurrection : Dieu ne reste pas sur les échecs, mais il parvient à les transformer en chances. La résurrection, c’est la victoire du Christ sur la mort : ses opposants pensaient qu’en le tuant ils arrêteraient tout et que Jésus cesserait d’être pour l’humanité́, mais voici qu’au contraire, son message, son esprit traversent et transcendent la mort qui n’a rien arrêté du tout d’important. L’essentiel traverse la mort, et malgré cette mort physique, Christ continue son œuvre de vie dans le monde, d’être présent aujourd’hui parmi nous et dans nos cœurs.


Mais il y a du positif tout de même dans la mort de Jésus. D’abord en ce que c’est un témoignage d’amour pour nous. Jésus aurait pu échapper à la mort en reniant son message, mais il a voulu aller jusqu’au bout... pour nous. Sa mort est donc signe de conviction, et plus encore de son amour pour nous, puisque lui n’en avait pas besoin. On peut ainsi garder la notion de «sacrifice », mais ce sacrifice nous est offert à nous, pas pour acheter Dieu.

Jésus savait, bien sûr, que sa vie était le prix à payer (à la méchanceté du monde) pour pouvoir accomplir sa mission jusqu’au bout, et il l’a assumé. Ce n’est pas mécaniquement que sa mort nous sauve, mais, sans elle, son message ne nous serait même pas parvenu.

Ensuite certains théologiens du XIXe siècle on essayé de trouver une utilité à la mort de Jésus par une approche psychologique : quand on voit la mort et les souffrances épouvantables de Jésus, alors qu’il est innocent et plein de bonté, on ne peut qu’être révolté et scandalisé. Mais en même temps nous découvrons que le péché qui est à l’origine de la Passion nous habite aussi et que nous ne valons certainement pas mieux que ses accusateurs. Et ainsi en venons nous à voir l’horreur de notre propre péché, donc à demander pardon et à vouloir nous remettre sur le bon chemin ce qui est certainement salutaire.

D’autres théologiens adeptes de la « théologie de la croix » ont voulu aller encore plus loin en faisant du Christ une image divine, montrant un Dieu qui ne reste pas bien tranquille dans son Ciel paré de sa toute puissance, mais un Dieu qui vient se risquer parmi nous jusqu’à supporter l’ignominie. Cela révèle un Dieu plein de tendresse et d’humilité. Et puis peut-être aussi que ce Jésus qui souffre permet à ceux qui souffrent dans ce monde de s’identifier à lui et de se sentir plus proches de lui ?

Mais sans aller chercher si loin, on peut dire plus simplement que sa mort est l’application de son évangile. Jésus nous a appris qu’il y avait plus important que la vie physique et son petit confort. Il a enseigné que la vie était « plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement » (Matt. 6,25). Il a dit aussi : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme. » (Matt. 10,28). Il a donc enseigné qu’il y avait au delà du corps une part de nous qui était éternelle, et qu’il ne fallait pas tout miser sur la vie physique. L’essentiel de la vie étant l’amour, de donner, de servir, , et que le sens de notre vie n’était fait que de ce que nous donnions, et que nous pouvions même nous donner nous-mêmes aux autres. Il est ainsi mis au pied du mur, et confronté au dilemme ultime il doit choisir entre sa vie physique et le sens de sa vie, et il choisit le sens. Il s’applique à lui-même son enseignement et le valide ainsi par la même occasion.

Et voici que la suite de l’histoire, du commencement de l’Eglise, au fait que nous en parlions encore aujourd’hui, lui donne raison : la mort physique n’était pas grand chose de désastreux en fait. Ses opposants ont voulu le tuer en pensant qu’ainsi ils arrêteraient tout, mais la mort physique de Jésus n’a rien arrêté, et la perte de son corps matériel n’a pas été une perte essentielle parce qu’il était tout entier un être de transmission, de parole, d’exemple et d’amour. Sa mort et la conscience de sa résurrection par les chrétiens sont donc la preuve de la véracité de son message, sans cela, nous ne pourrions en être vraiment sûrs.

C’est comme celui qui prétendrait avoir trouvé un antidote à un poison et qui accepterait de s’administrer lui-même ce poison pour prouver que son remède est efficace. Jésus accepte la preuve de la vérité de son message par le passage par la mort physique qui ne l’annihilera pas.

Ainsi la mort de Jésus elle-même est une bonne nouvelle de maintes manières, ce n’est sans doute pas elle qui nous sauve, mais par elle, nous savons que Dieu nous aime et nous sauve, et nous savons comment.

 

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