Qui est Jésus?

(Propositions pour une foi contemporaine)

 

Sur l’existence de Dieu, on peut discuter, sur celle de Jésus pas tellement. Aujourd’hui, pratiquement tout le monde admet qu’il a existé, comme un personnage historique. Maintenant, est-ce qu’il a vraiment fait et dit tout ce que racontent les évangiles, c’est évidemment moins sûr. Sans doute y a-t-il des éléments historiques dans les récits du Nouveau Testament, et sans doute aussi y a-t-il des extrapolations et des exagérations. Il ne faut pas oublier que les évangiles ont été écrits il y a 2000 ans dans un contexte intellectuel et culturel absolument différent du nôtre.
Etre chrétien veut dire croire en Jésus, mais cela ne signifie pas forcément croire que Jésus soit Dieu, on peut croire en Jésus dans le sens que l’on croie au moins que son message est un bon message, qu’il a raison, et qu’il y a dans l’Evangile une parole essentielle, pour chacun individuellement, et comme projet pour toute l’humanité. L’essentiel, c’est en effet l’amour, le pardon, la paix, le service...

Dire que Jésus est « Seigneur », peut signifier qu’il porte un des noms de Dieu : « le Seigneur », ou simplement qu’il est celui que l’on veut servir et que l’on reconnaît comme son maître. Dire qu’il nous sauve, peut aussi être interprété très différemment. La théologie classique a dit que Jésus nous sauvait de la perdition en mourant pour nous sur la croix, mais on pourrait aussi dire qu’il nous sauve parce qu’il nous montre un bon chemin qui est celui du bonheur et de la vie éternelle.

Il y a donc une grande latitude dans la manière de croire en Jésus. Reste la question essentielle qui est de savoir quel lien il y a entre Jésus et Dieu, et c’est là que les choses se compliquent.
D’abord parce que tous les chrétiens ne sont pas d’accord là-dessus, mais chacun considère que sa position est tout à fait essentielle et devrait être la seule, ce qui est évidemment bien regrettable. Certains divinisent totalement Jésus, en faisant de lui Dieu lui-même, d’autres, à l’opposé, pensent que Jésus est juste un simple humain qui a eu des bonnes idées sur l’homme et sur Dieu, comme un prophète en quelque sorte. La palette est donc large, et nous avons de la chance dans le protestantisme de pouvoir construire notre propre théologie. L’Eglise officielle des premiers conciles, au début du christianisme, elle, a voulu se situer juste au milieu et dire que Jésus était à la fois pleinement homme et pleinement Dieu, cela a entraîné des débats sans fin pendant des siècles auxquels plus grand monde ne comprend vraiment quelque chose aujourd’hui. Ce que l’on observe juste, c’est que de nos jours, les protestants ont plutôt tendance à pousser Jésus du côté de l’homme et les catholiques du côté de Dieu.

En fait, ce qui pose problème, c’est de dire que Jésus est homme seulement, ou Dieu seulement, ce sont d’ailleurs dans les deux cas des « hérésies » qui ont été écartées dans l’antiquité.
Jésus ne peut pas être Dieu seulement. De nombreux passages le montrent, comme quand les disciples lui demandent la date de la fin des temps, il dit : « cela personne ne le sait, pas même le Fils, seul le père le sait » (Matt. 24 :36), il y a donc des choses que Dieu sait et que Jésus ne sait pas ; et surtout, à la fin de sa vie, lors de son « agonie » à Gethsémané, Jésus dira : « père, non pas ma volonté mais la tienne » (Luc 22 :42), montrant qu’il peut vouloir autre chose que Dieu. Et puis de toute façon, Dieu ne peut pas être crucifié, mourir et ressusciter ! Dieu est Dieu, il est éternel, immortel, absolu, au-delà de tout. Dieu est invisible, et il est impensable qu’il se réduise à une image terrestre humaine.

A l’opposé, on ne peut pas affirmer que Jésus soit homme seulement, dire qu’il serait alors un simple prophète est sans doute un peu faible pour la foi chrétienne. Un prophète, en effet, il dit les vérités de Dieu, mais il ne les applique pas forcément dans sa vie, il n’est pas un exemple (comme un pasteur prêche, mais il ne prétend pas être un modèle). Jésus, lui, non seulement il a dit la volonté de Dieu, mais encore il l’a vécue pleinement, il a appliqué parfaitement ce qu’il a enseigné. Il est donc comme l’on dit l’ « incarnation » de son Evangile, de son message. Ce qu’il a dit est aussi important que ce qu’il a fait, parce que chacune de ses paroles est un événement, et ses actes sont parlants en eux mêmes et ont du sens.

C’est ce que dit Jean dans son prologue : « au commencement était la parole et cette parole était celle de Dieu, et cette parole était Dieu... et cette parole elle est devenue homme... » (Jean 1). Dieu est sa propre parole créatrice, et cette parole elle s’est trouvée toute entière présente dans un homme : Jésus-Christ.

Ainsi si Jésus n’est ni homme seulement, ni Dieu seulement, on peut dire qu’il est un homme divin, d’autres diraient qu’il est un Dieu qui s’est approché de nous en s’humanisant. Jésus, en quelque sorte, fait le lien entre Dieu et l’homme, certains y voient un homme qui s’élève vers Dieu, c’est la théologie plutôt libérale, et d’autres un Dieu qui descend vers les hommes, c’est la théologie plus classique. Sans doute qu’il faudrait là encore mixer les deux, et dire qu’en Jésus, c’est l’homme qui comprend Dieu, et qu’en Jésus, c’est aussi Dieu qui se révèle à l’homme.
Une autre façon de voir, c’est que d’une certaine manière, Dieu est toujours un peu en chacun de nous. Mais pas complètement, il y a aussi en nous beaucoup de choses qui sont contraires à Dieu, à sa volonté et qui nous en écartent. La théologie classique dit que en Jésus, Dieu est totalement présent, il est donc totalement uni à Dieu, et il n’y a à peu près rien qui l’écarte de Dieu et de sa volonté. Le pape Damase au IVe siècle avait une belle formule : il a écrit que Jésus était « l’homme véritable uni au Dieu véritable ». Jésus, c’est un homme parfaitement uni à Dieu. Ainsi ce qu’il dit, ce qu’il vit est en parfaite harmonie et concordance avec la volonté de Dieu.

Mais donc, si Jésus n’est pas tout de même un homme ordinaire et vulgaire comme vous ou moi, il serait faux de dire qu’il serait Dieu tout seul en oubliant qu’il a été aussi un homme. Dieu ne peut pas se réduire au Jésus historique, homme de Galilée marchant avec des sandales. Mais il est vrai qu’après sa mort, Jésus ressuscite spirituellement, il n’a plus de dimension physique ou corporelle, or l’esprit de Jésus était tellement conforme à Dieu que son esprit ressuscité pourrait être identifié à Dieu lui-même. C’est sans doute dans ce sens que certains chrétiens prient Jésus, alors qu’évidemment Dieu est Un et seul Dieu à prier.

D’ailleurs la Bible ne dit pas que Jésus soit Dieu seulement, elle dit qu’il est « fils de Dieu » ce qui est bien différent. L’expression « fils de Dieu » est une façon biblique de parler. Elle n’a pas forcément à voir avec l’histoire de la naissance virginale ou non de Jésus. Elle  peut avoir un sens spirituel et non pas sexuel : Jésus est fils spirituel de Dieu parce qu’il tire l’essentiel de ce qu’il est de Dieu lui-même.

Et puis dans la Bible, « fils de... » se dit de quelqu’un qui incarne une réalité abstraite, ainsi, on trouve beaucoup d’expressions faites à partir de cela, Judas, par exemple, est appelé « fils de perdition » (Jean 17 :12), Paul dénonce les « fils de rébellion » (Eph . 2 :2) et nous invite à être des « fils de la lumière » (1 Thess. 5 :5). Ainsi, le fils de justice, serait quelqu’un dont la vie serait entièrement définie par le fait d’accomplir la justice et ainsi de suite. Et donc le « fils de Dieu », c’est celui qui représente Dieu, dont la vie est toute informée par Dieu. Il incarne cette réalité spirituelle qu’est Dieu, comme on pourrait dire que De Gaulle a incarné la Résistance, ou l’Abbé Pierre l’aide aux SdF. On pourrait aussi le comprendre dans le sens que le mot « fils » en hébreu veut dire aussi le « serviteur », comme « garçon » en français désigne un enfant, ou celui qui fait le service dans les cafés. Ainsi le « fils de Dieu », c’est le serviteur de Dieu.

Ainsi, l’on voit que l’expression « fils de Dieu » explicite la position de Jésus par rapport à Dieu, tout en offrant une grande diversité d’interprétations, mais dans tous les cas, le fils, ce n’est pas le père, il y a une distinction à faire. Ce qui est vrai, c’est de toute manière, Jésus n’étais pas un homme ordinaire, et qu’il avait un lien tout particulier et très unique avec Dieu, c’est en ce sens qu’il peut le révéler et nous y mener.

 

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