Ecouter la version audioConf MP1

Ephraïm et Manassé, entre le passé et l'avenir

Prédication prononcée le 18 février 2018, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

 

L’histoire de Joseph est une passionnante saga prenant place dans la Genèse des chapitres 37 à 50. On y voit Jacob avec ses 12 enfants, Joseph est le chéri, jalousé par les autres, ceux-ci décident de le tuer et finalement le vendent comme esclave à des égyptiens. Là après mille vicissitudes, il se retrouvera premier ministre du pharaon, et ses frères seront amenés à lui demander de l’aide sans savoir que c’est lui. Il se fera reconnaître finalement et leur pardonnera, toute la famille s’installant pour de nombreuses années en Egypte pour éviter la famine qui sévissait.

Or Joseph donc aura en Egypte deux enfants : Manassé, et Ephraïm. L’histoire de ces deux garçons est passionnante, en particulier à cause de la signification de leur nom, celle-ci étant explicitement donnée lors de leur naissance, et elle riche de sens.

Voici ce qui est écrit : «  il naquit à Joseph deux fils, ... Joseph donna au premier-né le nom de Manassé, car (dit-il), Dieu m’a fait oublier toute ma peine et toute la maison de mon père. 52Il donna au second le nom d’Éphraïm, car (dit-il), Dieu m’a rendu fécond dans le pays de mon humiliation » (Gen. 41:50, 51).

Manassé (l’aîné) a un nom qui vient du verbe « nashah » qui signifie en effet « oublier », « priver ». Joseph nomme ainsi son premier fils « Oubli », pour indiquer par là que s’il a souffert profondément de la trahison de ses frères, puis de la servitude, de la prison, il veut tourner la page, oublier.

Ephraïm (le second) a un nom qui vient de l’hébreu « Ephrathah » ce qui signifie le « lieu de la fécondité ». Le mot hébreu lui-même est construit sur la racine « parah » qui signifie « porter du fruit », « être fructueux ».  Joseph nomme ainsi son second fils « Fécondité » pour montrer qu’il a cette fois le désir de se tourner vers l’avenir.

On comprend le sens de cela, il faut oublier ce qui est en arrière pour aller de l’avant, et Manassé doit venir avant Ephraïm : pour pouvoir se tourner vers un avenir fécond, il ne faut pas resté bloqué vers le passé mais aller de l’avant.

Cela, c’est un enseignement constant dans l’Evangile, et Jésus le dit même de manière très radicale quand un disciple lui demande de le suivre mais souhaite d’abord aller enterrer son père, et jésus lui dit :  « laisse les morts enterrer les morts ». Cela peut sembler brutal, mais il y a là quelque chose de fondamental : le passé, les morts ne doivent pas nous empêcher de vivre, ni d’avoir des projets, il faut les mettre de côté pour se tourner vers l’avenir. De même, Jésus dira :  « que celui qui sera sur la terrasse ne descende pas et ne rentre pas pour prendre quelque chose dans sa maison ; et que celui qui sera dans les champs ne retourne pas en arrière pour prendre son manteau. » (Marc 13:15). Rester sur les souvenirs empêchent d’avancer et risque toujours de produire du mal. Si ce sont des bons souvenirs, il se transforment en regrets, ce qui ne mène à rien, et si ce sont de mauvais souvenirs ils ne peuvent qu’alimenter la rancœur, tout cela ne sont que des idées négatives.

Pour ce qui est de la nostalgie, c’est sans doute ce que veut dire Joseph quand il affirme qu’il veut oublier la maison de son père, non pas par infidélité, mais parce qu’on ne peut pas s’installer quelque part et encore moins faire des enfants quand on se rappelle sans arrêt que tout était mieux avant.

Et pour ce qui est des mauvais souvenirs, Joseph en avait beaucoup. Et là aussi, évidemment faut-il oublier les épreuves passées, les ressentiments pour pouvoir porter du fruit. On ne peut pas construire une relation positive avec les autres si on rappelle sans arrêt tout le mal qu’ils nous ont fait.

Dans ce sens on peut critiquer ce « devoir de mémoire » auquel tout le monde semble devoir adhérer aujourd’hui. Certains philosophes comme Paul Ricœur y opposent un « devoir d’oubli » : il y a des choses qu’il vaut mieux oublier pour pouvoir aller de l’avant. On ne peut pas même vivre en couple en gardant en mémoire ou en écrivant sur une liste tout ce que l’autre a pu faire négativement et qui vous a fait du mal. Il faut passer à autre chose, oublier certains événements est vital pour vivre en paix et pour vivre heureux. Cet oubli peut être même une forme du pardon : quelque chose de mal a été fait, mais on n’en parle plus et on choisit de ne même plus s’en souvenir.

Ainsi quitte à se rendre orphelins de certains passés, il vaut mieux s’en priver que de se laisser annihiler par eux. Ce peut être le sens de ce que dit Jésus dans ce passage énigmatique : « Malheur au monde à cause des occasions de chute ! Car il est inévitable qu’il se produise des occasions de chute, mais malheur à l’homme par qui elles se produisent ! Si ta main ou ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe les et jette-les loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou boiteux, que d’avoir deux pieds ou deux mains et d’être jeté dans le feu éternel. Et si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; mieux vaut pour toi entrer dans la vie borgne, que d’avoir deux yeux et d’être jeté dans la géhenne de feu » (Matt 18:7-9). Comme il ne s’agit évidemment pas de s’arracher un œil, ce que veut dire Jésus c’est qu’il est des choses qu’il faut choisir de ne pas regarder.

Certes, il y a des choses qu’il est impossible d’oublier, c’est là que le pardon peut prendre une autre forme : ne pas forcément oublier totalement, mais choisir de mettre ce mal de côté pour que ce ne soit pas lui qui décide de sa vie.

De même quand Jacob combat avec l’ange, il en sort blessé, mais béni (Gen. 32:29), la bénédiction de Dieu et donc la fécondité dans notre vie supposent qu’on retranche quelque chose, que l’on renonce à la toute puissance, que ce soit celle de la mémoire, du jugement, ou de l’action. Or précisément, le mot « nashah » qui signifie « oublier » a un deuxième sens : il désigne aussi le tendon de la hanche, celui auquel Jacob a été blessé lors de sa lutte avec l’ange. Ce n’est pas un hasard : il faut retrancher de sa vie ce qui nous fait chuter, et avancer même boiteux mais dans la possibilité ainsi d’une relation féconde avec les autres. Là Joseph coupe une partie de son histoire, ne veut plus y penser pour aller à autre chose.

Et peut-être aussi qu’oublier le mal que l’on a subi, ne peut se faire que dans la plus grande humilité, c’est-à-dire en se souvenant qu’on est soi-même boiteux. Aucun de nous n’est parfait comme Dieu le père pour pouvoir juger qui que se soit, il faut donc assumer cette imperfection fondamentale qui est celle de notre histoire comme la nôtre propre, c’est la seule façon de pouvoir se tourner vers un avenir fécond. On avance boiteux dans cette vie... mais bénis.

C’est comme cela que certains juifs comprennent cette bénédiction que donne le père de famille à ses enfants le jour de Kippour. Chaque père reprend ce jour là les mots de la bénédiction enseignée par Joseph au moment de bénir ses deux petits enfants : « Yesimkha Elohim keEfrayim vekhiMenaché »( וְכִמְנַשֶּׁה  כְּאֶפְרַיִם  אֱלֹהִים  יְשִׂמְךָ ), « Que l’Eternel te fasse devenir comme Ephraïm et Menashé » (Gn 48:20). Delphine Horvilleur, rabbin du mouvement juif libéral de France l’interprète ainsi : « puisses-tu ne pas être obsédé par le passé, puisses-tu être capable d’exister hors de ton lieu d’origine, puisses-tu savoir que la vie existe même après la tragédie ». Il s’agit bien de poser le passé à sa juste place (derrière) pour avoir une vie qui porte du fruit.

 

Mais peut-on vraiment oublier le passé comme Manassé ? Ce que nous avons dit est sans doute bien, mais ce peut être aussi critiquable, en effet, Joseph dit également qu’il veut « oublier toute la maison de son père ». Est-ce bien de se couper ainsi de ses racines ? Peut-on vraiment renier ses parents ? Voilà qui est très problématique. Calvin se montre à cet égard très sévère : dans son Commentaire de la Genèse, il y condamne fermement Joseph. Il écrit en effet : « Voici que Joseph, bien qu’il serve Dieu purement, est surpris par la douceur des honneurs qu’il reçoit et a l’esprit tellement obnubilé qu’il n’a plus mémoire de la maison de son père et se plaît en Egypte. Toutefois c’était presque se séparer du troupeau de Dieu...   A grand peine pourrait-on excuser l’oubli de la maison paternelle ».

A vouloir faire un trait sur le passé à cause des épreuves, on risque aussi d’oublier tout le bien que le passé nous a transmis et donné, et c’est dangereux.

Pour justifier Joseph, la tradition juive a noté que le verbe « NaShaH » veut dire certes « oublier », mais il a un encore un autre sens très bien attesté, il signifie aussi : « prêter », « être créancier, ou débiteur ». Et du coup, cela voudrait dire qu’il ne s’agit pas tant d’oublier la maison de son père, que de se souvenir qu’on dépend de ses ancêtres, et qu’on est débiteurs de tout ce que nous avons reçu d’eux. Ainsi sommes-nous dans une juste ambiguïté : il faut à la fois savoir ce que l’on doit aux ancêtres, mais aussi savoir oublier certaines choses pour aller de l’avant.

Ce paradoxe se trouve d’ailleurs dans le fait même que Joseph appelle son fils « Oubli ». En quelque sorte l’appelle ainsi pour ne pas oublier qu’il doit oublier. Et chaque fois qu’il verra son fils il se dira : tiens, il y a quelque chose qu’il faut que j’oublie, et cela lui rappellera ce qu’il tente d’oublier. On ne peut pas en effet, oublier totalement un passé qui vous a fait du mal. Et il ne faut de toute façon pas tout oublier, il faut juste se libérer du passé, et garder tout le bien dont on est redevables.

Il s’agit donc d’oublier sans oublier : mettre de côté le passé, mais pas de vivre en amnésie totale. Vouloir oublier certaines choses permet de vivre, mais il faut être capable de reconnaître ce qu’on doit à ce passé et ce qu’on a reçu.

Nous critiquions tout à l’heure le « devoir de mémoire », mais il ne faudrait pas le remplacer par un tout aussi absurde « devoir d’oubli ». Se couper de toutes ses racines est mortifère. Ce qu’il y a plutôt, c’est le devoir d’un « travail de mémoire », pour faire le tri et mettre chaque chose à sa juste place.

Cela est vrai pour nous, et quand notre vie spirituelle n’y suffit pas, quand le passé devient mortifère et ingérable, il y a des thérapies comme la psychanalyse qui peuvent aider, mais la vie spirituelle est d’une bonne hygiène de vie pour tout cela, indiquant la juste direction. Mais cela est vrai aussi pour notre société qui passe son temps à tomber d’un côté ou de l’autre. Elle exacerbe le devoir de mémoire, mais d’un autre côté, certains de nos politiciens veulent nier le passer de la France, en mettant de côté ses origines chrétiennes ou en disant qu’il n’y a pas de culture française. C’est une mauvaise réaction, on ne lutte pas contre la pesanteur du passé en voulant le nier, il faut l’assumer et le mettre à sa juste place.

On retrouve cette même ambiguïté dans le texte même de la Genèse. Nous avons dit qu’Ephraïm, le fils de la fécondité tirait son nom de « Ephrata », or Jacob dit incidemment sans qu’on voit vraiment le rapport avec le reste du texte, qu’Ephrata est aussi le nom du lieu où Jacob a perdu sa femme Rachel et qu’il l’a enterrée là (Gen. 35:19). Or une tombe est une chose complexe, à la fois le lieu de l’oubli : on met de côté les morts, on les enterre ; et aussi lieu de mémoire, ce juste équilibre est essentiel pour aller de l’avant.

Mais cela dit, entre le passé et le futur, il y a toujours un combat. Il suffit pour le comprendre de voir l’histoire des deux frères Ephraïm et Manassé, ils auront chacun un territoire des 12 tribus (En fait, puisque la tribu de Lévy donne les prêtres, ils n’ont pas de territoire, mais seront répartis dans les autres tribus, et ainsi Joseph donnera deux territoires pour qu’il y en ait aussi 12. Mais donc il y aura des conflits, des difficultués, des rivalités, il faut le savoir, et donc cela n’est pas nouveau.

 

Mais le texte a encore un enseignement essentiel : Manassé est l’aîné et on comprend donc que normalement, il faille d’abord régler le problème du passé avant de pouvoir aller vers un futur de fécondité. Mais voilà que la Bible donc inverse la situation.

On le voit lors de la bénédiction de Manassé et Ephraïm par Jacob (Gn 48:8-22). Alors que Joseph présente ses deux fils à Jacob pour que celui-ci les bénisse dans l’ordre, la main droite sur l’aîné et la gauche sur le cadet, le patriarche croise les mains, il va inverser les bénédictions ; il persiste malgré la protestation de Joseph, et veut bénir Ephraïm le premier, et il dit à Joseph : « Je sais, mon fils, je sais ; Manassé aussi deviendra un peuple, lui aussi sera grand ; mais son frère cadet sera plus grand que lui, et sa descendance deviendra un ensemble de nations » (Gn 48:19) ; ainsi, dit le texte biblique, Jacob « mettait Ephraïm avant Manassé » (Gn 48, 21). Le patriarche, celui par qui la bénédiction de Dieu se donne, met Ephraïm avant Manassé. Il place la fécondité avant l’oubli. L’espérance avant le détachement. L’avenir avant le passé.

Certes, l’essentiel c’est d’aller de l’avant, de donner, transmettre, mais c’est peut-être plus que ça : le désir de fécondité peut aider à guérir du passé, se tourner résolument vers l’avenir est la meilleure des thérapies et peut aider à se libérer du passé. La volonté de transmettre, de donner est ce qui peut faire le plus de bien à notre vie et même peut la sauver. Un grand parent comme Jacob ne sera jamais aussi heureux que si il s’oublie lui-même pour se tourner vers ses petits-enfants, et si on n’a pas de petits enfants, vers ceux des autres, la jeune génération à qui on doit transmettre et donner. Il faut mettre d’abord la foi et l’espérance, ce sont elles qui sont le moteur de notre existence.

 

Mais on ne peut pas vivre sans passé ni sans racines. Ainsi, quand Jacob arrive devant ses petits enfants, il demande : « qui sont ceux-ci ? » (Gen. 48:8). Est-ce qu’il ne les reconnait pas ? C’est possible, en effet, ils sont ses premiers petits-enfants nés hors d’Israël. Ils sont de mère égyptienne, et ont vécu toute leur vie à l’étranger, sans doute donc sont-ils habillés comme des égyptiens et de culture égyptienne, ces petits-enfants sont devenus à Jacob un peu étrangers.

Mais là il témoigne de la juste attitude : il avoue avoir du mal à les reconnaître, mais il décidera par principe de les accueillir, il montre ainsi l’exemple : savoir oublier le passé pour reconnaître le nouveau comme le sien. Comme disait : Woody Allen « l'avenir m'intéresse : c'est là que j'ai l'intention de passer mes prochaines années » ! Le passé est passé en effet et nous n’avons plus rien à y faire, c’est l’avenir qui sera, et même pas nous. Jacob a donc eu raison de miser sur ses petits enfants et de s’inverstir en eux, ce sont eux qui sont l’avenir. Jacob aurait pu rester bloqué sur les anciennes traditions, juger sévèrement ses petits-enfants, non il prend le parti de choisir l’avenir. Il a du mal à reconnaître ses petits enfants, mais quand il sait que ce sont eux il dit : « ils sont à moi » : il les adoptes. Et même plus que cela, il les bénit, c’est-à-dire qu’il leur donne des racines. Il leur donne la bénédiction du grand père que lui-même avait reçue de son propre père, la bénédiction qui fait hériter de l’alliance et de la promesse. Il leur donne ce lien familial essentiel qui les associe à toute l’histoire de leur famille. Ainsi ne faut-il pas s’enfermer dans ses racines, mais ce sont elles qui nous donnent la vie et nous en sommes les débiteurs.

 

Et cette fécondité qui est en question dans tout le texte nous mène encore plus loin pour nous chrétiens, en effet notre texte fait préciser par Jacob qu’Ephratah, le lieu de la fécondité, porte aussi le nom de Bethléem (Gen. 35:19). On trouve aussi ces deux noms accolés dans le verset de Michée : « Et toi, Béthléem Ephratah, déclare le Seigneur, tu es une localité peu importante parmi celles des familles de Juda. Mais de toi je veux faire sortir celui qui doit gouverner en mon nom le peuple d’Israël, et dont l’origine remonte aux temps les plus anciens » (Mich. 5 :1). C’est ce verset qui est cité en Matt. 2:6 pour évoquer la naissance du Christ. Le Nouveau Testament nous ouvre ainsi à une autre histoire de fécondité, fécondité qui libère du passé, mais sans faire rupture par rapport à lui. C’est ce que va faire le Christ : il ne se coupe pas du judaïsme, mais en même temps s’en libère. Il prend dans la tradition ce qu’il considère comme le meilleur et le plus fécond, et choisit d’oublier le reste pour créer un nouveau mode de relation à Dieu résolument tourné vers l’avenir et pour donner une vie nouvelle.

Et c’est là aussi tout ce que nous propose l’Evangile : commencer par le message de Jean Baptiste qui nous invite à nous savoir pécheurs et pardonnés, connaître les brisures de notre vie, et savoir aller au delà, pour ensuite accueillir un message créateur qui nous propulse non plus vers seulement la mémoire, mais vers un idéal, une foi, un Royaume qui nous précède et vers lequel nous voulons avancer, conduits pas la grâce de Dieu nous permet de le faire toujours parce qu’elle nous ouvre des posibless nous libère de la crainte de l’avenir en nous promettant la fécondité éternelle.

 

[Merci à Christian Baccuet, pasteur de la paroisse de Pentemont-Luxembourg de m’avoir mis en route sur ce chemin d’Ephraïm et Manassé]

 

 

 Retour à la liste des prédications

 

Genèse 41:50-52

50Avant la (première) année de famine, il naquit à Joseph deux fils, que lui enfanta Asnath, fille de Poti-Phéra, prêtre d’Ôn. 51Joseph donna au premier-né le nom de Manasséx, car (dit-il), Dieu m’a fait oublier toute ma peine et toute la maison de mon père. 52Il donna au second le nom d’Éphraïmy, car (dit-il), Dieu m’a rendu fécond dans le pays de mon humiliation.

Genèse 48

 1Après ces événements, l’on vint dire à Joseph : Voici que ton père est malade. Il prit alors avec lui ses deux fils, Manassé et Éphraïm. 2On l’annonça à Jacob et on lui dit : Voilà ton fils Joseph qui vient vers toi. Israël rassembla ses forces et s’assit sur son lit. 3Jacob dit à Joseph : Le Dieu Tout-Puissant m’est apparu à Louzh, dans le pays de Canaan, et il m’a béni. 4Il m’a dit : Me voici ! Je te rends fécond ; je te multiplierai et je ferai de toi une foule de peuples ; je donnerai ce pays à ta descendance après toi, en possession perpétuelle. 5Maintenant, les deux fils qui te sont nés au pays d’Égypte, avant mon arrivée vers toi en Égypte, seront à moi ; Éphraïm et Manassé seront à moi, comme Ruben et Siméon. 6Mais les enfants que tu as engendrés après eux seront à toi ; ils seront désignés sous le nom de leurs frères dans leur héritage. 7A mon arrivée de Paddân, Rachel mourut près de moi pendant le voyage de Canaan, à quelque distance d’Éphrata ; et c’est là que je l’ai ensevelie, sur le chemin d’Éphrata, qui est Bethléhem.
8Israël regarda les fils de Joseph et dit : Qui sont ceux-ci ? 9Joseph répondit à son père : Ce sont mes fils, que Dieu m’a donnés ici. Israël dit : Je t’en prie, fais-les avancer vers moi, pour que je les bénisse. 10– Les yeux d’Israël étaient appesantis par la vieillesse ; il ne pouvait plus voir. – Joseph les fit approcher de lui, et Israël leur donna un baiser et les embrassa. 11Israël dit à Joseph : Je ne pensais pas revoir ton visage, et voici que Dieu me fait voir même ta descendance ! 12Joseph les retira des genoux de son père et se prosterna face contre terre. 13Puis Joseph les prit tous deux, Éphraïm par la main droite à la gauche d’Israël, et Manassé par la main gauche à la droite d’Israël, et il les fit approcher de lui. 14Israël tendit sa main droite et la posa sur la tête d’Éphraïm qui était le plus jeune, et (il posa) sa main gauche sur la tête de Manassé : il savait bien (ce qu’il faisait) de ses mains, bien que Manassé fût le premier-né. 15Il bénit Joseph et dit :
  Que le Dieu en présence de qui ont marché mes pères Abraham et Isaac
  Que le Dieu qui est mon berger depuis que j’existe jusqu’à ce jour,
  16Que l’ange qui m’a racheté de tout mal bénisse ces garçons !
  Qu’on les appelle de mon nom
  Et du nom de mes pères, Abraham et Isaac ;
  Qu’ils prolifèrent beaucoup au milieu du pays !
17Joseph vit que son père posait sa main droite sur la tête d’Éphraïm, et cela lui déplut. Il saisit la main de son père, pour l’écarter de la tête d’Éphraïm (et la diriger) sur celle de Manassé. 18Joseph dit à son père : Pas ainsi, mon père, car celui-ci est le premier-né ; pose ta main droite sur sa tête. 19Son père refusa et dit : Je le sais, mon fils, je le sais ; lui aussi deviendra un peuple, lui aussi sera grand ; mais son frère cadet sera plus grand que lui, et sa descendance remplira toutes les nations. 20Il les bénit ce jour-là et dit : C’est par toi qu’Israël bénira en disant : Que Dieu te rende comme Éphraïm et comme Manassé ! C’est ainsi qu’il mit Éphraïm avant Manassé. 21Israël dit à Joseph : Voici que je vais mourir ! Mais Dieu sera avec vous et vous fera revenir dans le pays de vos ancêtres. 22Je te donne une part de plus qu’à tes frères, celle que j’ai prise de la main des Amoréens avec mon épée et mon arc.