Sermon de consécration du Pasteur Louis Pernot

(29 septembre 1991 au Temple de l'Étoile).

Il y a une affirmation dans la Bible que je crois particulièrement pertinente, et s'il fallait définir ma démarche, je pourrais dire que je travaille à pouvoir la dire moi-même: C'est Paul qui dit cette chose essentielle: Je sais en qui j'ai cru (II Tim.1:12).

Cette affirmation est très pertinente, bien plus en particulier que de dire: "je crois" ou "je ne crois pas" (en Dieu, par exemple). Le problème, en effet, n'est pas de croire ou de ne pas croire en Dieu - tout dépend de ce que l'on entend par "Dieu" - , mais de savoir en quoi l'on croit.

Ceux qui rejettent Dieu, rejettent le plus souvent seulement une conception particulière et simpliste de Dieu. Et ceux qui, tout en n'ayant aucune vie religieuse, disent quand même croire en Dieu, ont souvent une idée de Dieu qui est, soit fausse, soit tellement imprécise et floue que cette foi n'apporte rien de constructif dans leur vie.

L'essentiel, le travail du théologien, du philosophe et de tout le monde, doit être de savoir en quoi l'on croit. Qu'est-ce que nous considérons comme important, fondamental, directeur dans notre vie.

L'essentiel, c'est de se donner le moyen de réfléchir sur son existence, et de trouver une dimension spirituelle. Pour cela, je crois que la Bible est un outil merveilleux.

Si je suis ici, c'est grâce à la Bible. J'ai commencé à lire le Nouveau Testament par un devoir que je me suis imposé, j'y ai trouvé de l'intérêt, puis j'y ai pris goût, et j'y ai trouvé enfin le sens de ma vie.

Je crois profondément que la Bible est un livre passionnant, extraordinairement profond, riche, et difficile aussi. Je crois que la Bible apporte beaucoup à celui qui prend la peine de la lire. Je crois que la Bible est la Parole de Dieu (ou plutôt la contient), mais c'est une affirmation a posteriori. C'est parce que je trouve dans ce livre des paroles que je reconnais comme créatrices et positives. J'y trouve des paroles qui indiquent un sens dans lequel devraient aller l'homme et la société pour être mieux que ce qu'ils sont naturellement, je crois que la Bible donne la meilleure direction possible de l'évolution future de l'humanité grâce à son psychisme intelligent.

Je suis donc très profondément "évangélique"... mais pas dans le sens courant du terme, parce que je ne renie pas ce que j'ai été. Par ma formation scientifique, je crois que le discours de la science sur la réalité, s'il n'est pas complet, n'est pas faux ou absurde, et par ma formation philosophique, je crois que la réflexion humaine est importante, et que la raison n'est pas un obstacle à la vérité (même spirituelle), au contraire. Je pense que Dieu nous a donné une intelligence pour que nous l'utilisions.

Cela implique un certain type de relation à la Bible. Je ne considère pas celle-ci comme une somme de savoir, non plus que comme un traité de cosmologie, un traité de morale, ou un livre de recettes pour savoir comment vivre, je ne considère pas la Bible comme un magistère doctrinal disant avec autorité ce qu'il faut croire ou ne pas croire, mais plutôt comme un stimulateur intellectuel et spirituel, son rôle étant de nous amener à réfléchir, et à nous faire voir les choses sous un autre angle. La Bible n'est donc peut-être pas tant un livre que l'on doit lire pour remplir des vides de notre pensée, mais un livre qui transforme celui qui la lit.

Donc, je lis la Bible, et à partir de cette lecture, j'essaye de construire une théorie qui soit cohérente et qui ne soit pas en opposition avec la raison ou la science.

Je crois qu'il n'y a pas d'opposition entre la foi et la raison, mais je ne suis pas un rationaliste simpliste qui privilégierait celle-ci par rapport à celle-là, je crois que la foi peut dépasser la raison, mais qu'elle ne doit pas la contredire. La foi peut être irrationnelle, mais elle ne doit pas être déraisonnable.

Il n'y a pas non plus de contradiction entre la foi (ou la théologie) et la science.

La théologie s'intéresse à la question du sens de la réalité. Son problème n'est donc pas de décrire le réel, mais de l'interpréter. L'objet de la science, c'est la description de ce qui est matériellement, de son passé objectif, et éventuellement de dire quels sont les futurs possibles.

La théologie, c'est la question du choix. La théologie s'intéresse à l'avenir en tant qu'il est concerné par la liberté humaine, dans le domaine qui n'est pas déterminé par les lois physiques. Je crois donc qu'il existe une liberté dans l'homme, et c'est là, il est vrai une option fondamentale.

La philosophie, quant à elle, est bonne, et ne nuit pas à la théologie, parce qu'elle apprend à poser les problèmes et à réfléchir. La philosophie, en tant qu'elle est méta-physique, réfléchit sur la réalité à partir de la description qu'en lui donne la physique. La théologie est aussi une réflexion sur la réalité, mais en se plaçant dans un cadre particulier. Elle suppose un choix quant aux textes qu'elle veut prendre en compte. Pour ma part, je fais le choix d'une théologie chrétienne, je veux donc prendre en considération dans ma réflexion les écrits chrétiens bibliques. Je cherche ainsi à construire un système de pensée qui rende compte au mieux à la fois de la réalité et des Écritures.

Cette triple formation entraîne pour moi une réflexion permanente très stimulante, qui donne une vision assez globale des choses. C'est un travail continuel qui fait que ma pensée évolue sans cesse. Mais je pourrais résumer le point où j'en suis actuellement, en disant que pour moi, Dieu se présente à la fois comme une nécessité philosophique, un choix éthique et une richesse existentielle.

Dieu est une nécessité philosophique

Il semble que la philosophie conduit nécessairement à penser Dieu. Les philosophies vraiment athées sont pratiquement inexistantes. On pense bien sûr à Marx, il dit en effet qu'il n'y a pas de Dieu, mais il affirme qu'il y a nécessairement un Logos qui préside à l'évolution du monde, Logos qui est une information qui se concrétise progressivement. Bon, alors c'est une question de terme, qu'on appelle cette information créatrice Dieu, ou Logos, cela ne change pas grand-chose.

La seule véritable question est de savoir ce que l'on entend par "Dieu".

Pour moi, du point de vue cosmique, je vois Dieu de deux manières: tout d'abord comme le sens de l'évolution. L'évolution de l'Univers est un fait, allant du moins organisé au plus organisé. J'appelle Dieu ce qui, dans le monde s'oppose au chaos, (et donc il existe par définition, puisque le monde n'est pas chaos). Je vois Dieu dans la propension de l'Univers à aller, au moins localement dans la direction d'un ordre croissant.

Et d'autre part, je comprends Dieu comme étant ce qui dépasse la matière. Je crois que le monde sensible n'est pas tout, qu'il y a autre chose que les objets concrets, et c'est cela qui est divin. Dieu peut être vu dans ce qui est de l'ordre que la qualité et de la valeur. Cela est particulièrement perceptible dans l'homme, dont on peut comprendre qu'il y a en lui quelque chose qui est supérieur à sa vie biologique. Il y a dans l'homme une valeur qui fait qu'il est plus qu'un simple animal. C'est cela qui touche au divin, et c'est, je crois, ce que veut dire que l'homme est fait à l'image de Dieu.

Cela conduit à un choix éthique

et cette conception de Dieu entraîne des répercussions pour sa vie personnelle.

La question n'est plus, en effet, de savoir si Dieu existe ou non, (c'est un fait: il existe une évolution dans l'Univers, et quelque chose qui est de l'ordre de la qualité), mais de savoir si l'on veut croire en lui?

Veut-on utiliser sa liberté d'action pour abonder dans son sens ou non?

Si Dieu est le sens de l'Évolution, voulons-nous accepter de lui emboîter le pas, de sauvegarder l'évolution, et de tout faire pour la favoriser et la continuer? Pense-t-on que la vie est un bien, ou que la vie est un mal? C'est là l'option fondamentale.

Il y a là un choix à faire. Il faut dire OUI ou NON au mouvement évolutif et créateur de l'Univers, et à Dieu en général. Là se trouve l'acte de foi.

Moi, je veux travailler pour Dieu. Et cela veut dire d'abord que j'appelle "bien" ce qui est créateur, et "mal" tout ce qui est régression dans le sens de l'ordre de l'évolution (de la vie à la matière inerte, de l'homme à l'animal etc...). Et cela veut dire en suite que je choisis de prendre en considération la valeur avant toute chose. Je pense que la qualité vaut plus que la quantité, et c'est là un choix profondément anti-matérialiste.

Dieu enfin est une richesse existentielle

Croire en Dieu est bien plus qu'une démarche intellectuelle. Il existe en effet dans l'homme une dimension affective et relationnelle. Il existe une expérience, qui est celle du sentiment de la présence de Dieu, et de la prière. Cela est plus ou moins accessible suivant l'éducation que l'on a reçue et les dons de chacun, mais c'est une chose merveilleuse pour celui qui la connaît. Ceux qui expérimentent l'existence de cette dimension mystique, parlent de ce que cela leur apporte comme une lumière intérieure, un sentiment de Paix, de bonheur, d'amour... et c'est vrai.

C'est une richesse, et non une nécessité, parce qu'on peut s'en passer, et vivre matériellement sans elle, mais c'est vraiment dommage, et en tout cas inconcevable pour qui l'a expérimenté.

La possibilité de cette expérience ne se discute pas non plus, elle est un fait. Et je l'accepte et la recherche d'autant plus qu'elle est fondée raisonnablement (et philosophiquement), ainsi que je l'ai esquissé.

Je la considère par ailleurs comme bonne et enviable, parce qu'elle apporte à celui qui recherche ce sentiment de la présence de Dieu, une transformation progressive et profonde de l'individu (positive, selon mes critères philosophiques), lui donnant une valeur intérieure et un rayonnement qui augmentent sa capacité d'action positive dans le monde.

J'aime donc cette dimension, et je travaille à la rechercher. Je vis de cette relation à Dieu, et c'est de cela que je veux témoigner.

Je ne pourrais donc pas être professeur de théologie, parce qu'il me manquerait cet aspect.

Je ne pourrais pas non plus être simplement charismatique, parce que j'ai besoin de penser ma foi avec ma raison. Et ma raison, loin de brider ma foi, la fonde et l'enrichit de plus en plus. Plus je réfléchis, et plus la vérité spirituelle m'apparaît clairement. Je ne dis pas que cette démarche est bonne pour tout le monde, mais je suis ainsi fait.

Je pourrais résumer cette démarche par ces paroles de Paul : Soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait. (Rom 12:2)

Bref, je crois en Dieu.

Je crois dans l'Évangile, et dans l'enseignement du Christ.

Je crois à la valeur unique des écrits Bibliques pour enrichir notre réflexion sur notre vie, notre relation à Dieu, et aux autres.

J'en remercie le Seigneur, et à Dieu seul soit la Gloire.

Amen.