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La parabole de l'intendant malhonnête

Prédication prononcée le 13 mai 2018, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

 

La parabole de l’intendant malhonnête est certainement l’une des paraboles les plus difficiles de l’Evangile. Elle pose un très grand nombre de questions, ce qui est bien, mais il est tout de même bien curieux que Jésus donne là l’exemple d’un gérant malhonnête qui profite d’un argent qui n’est pas à lui pour se faire des amis avant d’être démis de son emploi. Et il semble que Jésus trouve ça très bien et nous recommande de faire de même. Inviterait-il à la malhonnêteté ?

Certains trouvent cela tellement impossible qu’ils se sont dit qu’il y avait certainement une explication. Et on en propose une : il paraît que dans l’antiquité, celui qui récupérait une créance pour un maître en gardait normalement une partie pour lui. Si donc quelqu’un devait 100 deniers au maître d’un serviteur, celui-ci, récupérant la somme en donnait 50 à son maître et pouvait en garder 50 pour son travail. Certains ont donc dit qu’en fait, l’intendant de la parabole ne volait rien, au contraire, il renonçait à sa propre part et donnait à son maître tout ce qui lui revenait. D’apparemment malhonnête, le gérant devient alors un exemple de désintéressement.

Cette explication est séduisante, mais n’offre que peu d’intérêt, elle enlève toute l’aspérité de la parabole, elle ne pose alors plus de question, mais devient juste une petite morale qui ne s’accorde d’ailleurs pas avec la suite du texte. Et puis rien ne dit là que le serviteur renonce à la part qui lui revient... Il faut donc sans doute chercher ailleurs et affronter de face la malhonnêteté exemplaire du serviteur.

Et comme évidemment Jésus n’invite pas à être malhonnête dans notre gestion matérielle des biens qui nous sont confiés, c’est qu’il faut lire la parabole autrement. On voit en particulier dans les autres paraboles de l’Evangile, qu’elles ne sont pas là pour justifier l’exemple pris, mais pour parler du Royaume de Dieu. Or le Royaume de Dieu n’est pas règne du monde, il est même conduit par des règles très différentes et souvent opposées. Dans ce monde matériel on est dans le règne de la rétribution, tout se paye, il faut calculer, et on n’a que ce qu’on mérite, on est dans le règne du pouvoir ou le plus fort profite du plus faible. Dans le Royaume, c’est tout le contraire, ce qui préside, c’est la grâce, c’est-à-dire la gratuité, le plus grand est le serviteur, et celui qui donne s’il s’appauvrit matériellement est plus riche spirituellement.

Ainsi la parabole du semeur, bien connue, n’est pas un conseil aux agriculteurs, matériellement, il n’est évidemment pas une bonne idée de semer n’importe où, un bon semeur veillera à semer dans de la bonne terre et à ne pas gaspiller son grain en le jetant sur les routes ou dans les épines ! Et on ne pourrait conseiller à un berger responsable d’un troupeau d’abandonner 99 brebis pour en sauver une. Mais c’est que la logique du Royaume de Dieu n’est pas la logique du monde, les paraboles ne sont pas des exemples à suivre matériellement, mais des enseignements sur le Royaume, c’est-à-dire tout ce qui concerne notre relation à Dieu, et notre salut, le sens profond de notre vie, sa réussite, et tout ce qui la sauve de l’absurde, de la mort et de la finitude.

L’intendant malhonnête n’est donc pas un exemple à suivre. Evidemment, il faut transposer, et on peut trouver alors bien des enseignements d’une grande importance.


Le premier enseignement, ce qui apparaît à première lecture, c’est que Dieu n’aime pas qu’on dilapide ce qu’il nous confie, mais qu’il veut bien qu’on le dépense si c’est pour les autres, pour soulager nos prochains.

Et ce à quoi on peut penser en premier lieu, quand on parle de ce qui nous est confié par Dieu, c’est notre propre vie. Dieu nous a donné la vie et nous devrons la rendre, la question est de savoir ce que l’on en fait. La dilapider serait l’épuiser pour son propre plaisir. A celui qui ne dépense sa vie que pour son propre loisir, on ne peut que lui dire comme le maître de la parabole : « profites-en parce que cela ne va pas durer ! ». En effet, ne consommer sa vie que pour soi ne dure qu’un temps, on finit par vieillir, tomber malade et mourir et cela n’aura mené à pas grand-chose.

Mais Dieu ne demande pas non plus de ménager son corps pour le conserver le plus longtemps possible. On peut user sa vie, mais si c’est pour soulager les autres. Bien sûr, il faut veiller à préserver sa santé et veiller sur cette vie qui ne nous appartient pas, mais Dieu nous autorise à l’user et même la sacrifier si c’est pour le bien des autres. Ainsi, le médecin ou le missionnaire qui part accompagner les humains les plus démunis dans des zones dangereuses et qui, ce faisant, risque sa vie, et dégrade sa santé fait-il le bien. Dieu ne nous invite pas à nous ménager, nous pouvons dépenser et même détériorer cette vie qu’il nous confie si c’est pour les autres.

L’enseignement est certainement juste, mais reste là cantonné dans un domaine moral qu’on peut dépasser pour aller plus loin.


Une clé d’entrée du texte peut-être trouvée dans l’idée de « dette » qui s’y trouve. Or la « dette » fait immanquablement penser à l’offense et la remise de la dette, au pardon. Ainsi quand nous disons dans le Notre Père : « pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », en fait dans le texte original de Matthieu il est écrit littéralement : « remets nous nos dettes comme nous remettons aussi à ceux qui nous doivent ». Les traducteurs ont, bien-sûr, compris qu’il s’agissait d’offense et de pardon. Et si on en reste là on entend alors dans notre parabole que Dieu nous autorise à remettre les dettes en son nom, c’est-à-dire à pardonner les péchés. La tendance naturelle, c’est de penser que le pardon n’appartient qu’à Dieu, où que seuls les prêtres auraient le droit de pardonner au nom de Dieu ou de dire le pardon de Dieu. Mais là, nous voyons que Dieu autorise tout le monde à pardonner en son nom, et même l’encourage.

Cela est tout à fait cohérent avec d’autres passages de l’Evangile, en particulier dans Jean quand le ressuscité apparaît aux disciples et qu’il leur dit : « ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ». (Jean 20:23). Nous avons un vrai pouvoir de pardonner, et si nous pardonnons, Dieu pardonne.

Il faut dire que la culpabilité est un véritable poisson de toute vie et de toute relation entre les êtres. On ne peut pas bien vivre en se sentant coupable, et une relation ne peut être saine entre deux êtres où se trouve une question de culpabilité. Le sentiment de culpabilité emprisonne, paralyse, décourage, désespère. Et puis il est de toute façon néfaste puisqu’il ne fait que de tourner vers le passé. Or dans l’Evangile, inlassablement le Christ nous rappelle qu’il faut aller de l’avant, se tourner vers l’avenir, être en route. Bien-sûr il faut éviter de refaire sans cesse les mêmes erreurs, il faut donc essayer des les comprendre, mais ce n’est pas pour s’en sentir coupable mais pour apprendre, l faut prendre ses erreurs comme des leçons et non pas comme des jugements ou des condamnations.

Mais c’est de bien plus que de la culpabilité que Dieu peut nous délivrer, et que le Christ nous invite à délivrer, c’est du fait plus général de devoir. Il est dommage que la traduction habituelle du Notre Père ait réduit la dette à l’offense qui n’est qu’un cas particulier. Or il est aussi terrible d’être dans la situation de « devoir », que ce soit par rapport à Dieu ou à un semblable. Le devoir est l’opposé de la grâce : la grâce libère alors que le devoir emprisonne. Or si nous sommes sous la grâce, nous sommes aussi invités à agir par grâce, et le seul vrai bien que nous faisons, nous ne pouvons le faire qu’ainsi, et par amour. Tout ce qui est fait par devoir, par obligation, ne sont que de tristes actions. Et il peut arriver aussi d’être redevable et de ne pouvoir rendre ce que l’on doit, ce sentiment de devoir, de dette, est très profondément destructeur et mortifère. On comprend donc que dans le Notre Père nous demandions d’être libéré de ce sentiment de devoir, et que nous en libérions les autres vis-à-vis de nous.
Le Christ lui-même, d’après l’évangile de Jean, ne nous considère justement pas comme des serviteurs (qui doivent obéir), mais comme des amis, il nous libère du fait de se sentir dans le devoir par rapport à Dieu pour être dans une relation d’amour et de grâce. Il faut donc avoir une notion très forte et absolue de la grâce et rester sur elle. On peut voir dans l’histoire les conséquences funestes d’une prédication de la grâce remettant dans le sentiment du devoir, c’est le puritanisme du XIXe siècle. Les pasteurs alors annonçaient la grâce, mais n’allant pas jusqu’au bout de la logique de la grâce pensaient qu’il fallait tout faire pour être digne de cette grâce, qu’il fallait la mériter après coup. Mais dans cette logique, la grâce étant infinie, le devoir et la culpabilité deviennent infinis et écrasent l’homme dans la tristesse et l’angoisse.

Or le propre d’un cadeau, c’est qu’il est justement donné, et il n’y a pas à venir en réclamer le prix après. De même ce qui est donné est donné, et si l’on donne, ce n’est pas pour garder le pouvoir de juger de l’usage qui sera fait ensuite du cadeau, sinon, ce n’est plus un cadeau, mais un piège, un lien de pouvoir.

Bien sûr, il ne s’agit pas de vivre dans l’indifférence et l’ingratitude pour autant, ce serait redevenir comme le mauvais intendant qui « dilapide », lui, il ne se rend compte de rien et dispose de ce qui n’est pas à lui sans aucun sentiment de responsabilité, il pense ne rien devoir à personne et vit dans la totale insouciance. Le juste corollaire de la grâce, c’est la responsabilité. On ne peut pas vivre sans cesse dans la dette ou le devoir, mais il faut remplacer cela par la responsabilité. Là est la bonne manière de vivre de la grâce : se sentir libre et responsable.


Or il faut bien dire que souvent la religion n’a fait qu’ajouter à la culpabilité, au devoir et à la dette. Jésus, lui, invite à une religion qui remet les dettes plutôt qu’une qui en ajoute. Dieu lui-même nous autorise à alléger les dettes en son nom, à libérer, et à rendre nos prochains reconnaissants et heureux.

On le voit en particulier quand on se penche en détail sur les deux dettes montrées en exemple, certainement que ce qui est dit là ne l’est pas au hasard : celui qui doit 100 mesures d’huile n’en doit plus que 50 et celui qui doit 100 mesures de blé n’en doit plus que 80. Or pour comprendre, il faut revenir au texte original. Or beaucoup de traductions masquent ce qu’il y a d’intéressant dans le texte en mettant dans les deux cas « mesure », or en grec il est écrit qu’il s’agit de 100 bat d’huile (le bat est une mesure de liquide faisant à peu près 36 litres), et de 100 kor de blé (le kor étant une mesure de volume pour le grain d’environs 360 litres).

Que devaient alors exactement les débiteurs ? On peut l’interpréter spirituellement à partir du sens qu’ont les mots « bat » et « kor ».

Curieusement, le mot « bat », « batos » en grec apparait très souvent dans l’Ancien Testament grec de la Septante, mais le mot alors ne désigne jamais une mesure de liquide, mais toujours un buisson, et c’est en particulier le mot utilisé pour désigner le « buisson ardent ». Et « 100 » renvoie évidemment aux 10 commandements en tant que multiple de 10. Tout cela nous ramène au Sinaï, à la Loi, à la multitude de commandements imposés à l’homme. On imagine bien ce fidèle écrasé par 10 fois la Loi, par des centaines de buissons ardents qui s’imposent à lui, ce Dieu exigent et omniprésent qui l’empêche de vivre sa vie. Jésus, lui, invite à alléger cette exigence et ce poids, au nom même de Dieu. On pense évidemment à ceux auxquels s’oppose habituellement Jésus que sont les pharisiens, ceux-ci qui écrasaient le peuple par des règles, des exigences, des lois, et des culpabilités permanentes. Jésus n’est pas dans la logique d’en rajouter dans ce sens, mais au contraire d’alléger et de libérer.

Aujourd’hui, il n’y a plus de pharisiens pour nous culpabiliser, mais beaucoup, naturellement se sentent jugés ou culpabilisés par la religion. Ainsi le pasteur entend-il trop souvent des paroissiens dire : « je ne suis pas un bon chrétien... », ou « oui, je sais, je devrais... aller plus au culte, être plus pratiquant, lire plus la Bible, prier mieux... ». Certains même se croient eux-mêmes exclus de la religion ou de l’Eglise, ne s’en sentant pas dignes, ou s’en pensant trop éloignés. Mais Jésus nous invite à sortir de cette logique du devoir et invite à réduire ce qui est de l’ordre du devoir. On trouve aujourd’hui certaines Eglises qui imposent beaucoup de règles ou de devoirs ; celui qui se convertit ou veut se dire chrétien, doit pratiquer, être régulier, donner à l’Eglise... Nous, dans notre Eglise Réformée, nous faisons le choix de la multitude, c’est-à-dire d’accueillir tout le monde, chacun ayant son propre niveau de croyance ou de pratique, d’engagement ou de distance. Mais ce n’est pas une licence ou de la faiblesse, c’est une conviction théologique fondée sur l’Evangile lui-même que la relation à Dieu à laquelle nous invite Jésus doit être fondée plus sur la grâce que sur la loi, sur la libération plus que sur l’exigence. Et cette parabole nous invite en tant que responsables de l’Eglise, pasteurs, anciens ou simplement témoins vers nos frères, à libérer, à baisser l’exigence, à soulager et libérer de la culpabilité et du devoir par rapport à Dieu.

Alors certes, l’intendant ne remet pas toute la dette, il n’en remet que la moitié... bien-sûr, il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a plus aucune attente de la part de Dieu, mais qu’il faut se sentir au moins à moitié libéré !

Et de 100 on arrive donc à 50. Cela est intéressant, parce que « 50 » en grec se dit « pentèkonta »( « πεντήκοντα» ) mot qui a donné « Pentecôte », fête 50 jours après Pâques qui célèbre le don de la Loi... tiens, justement ! Mais pour les chrétiens, cette fête a été transformée en fête du don de l’Esprit. Et voilà ce que Jésus nous invite à faire : remplacer le don de la Loi par le don du saint Esprit. Or à la Pentecôte, le saint Esprit a été donné à tous les disciples, il n’y a pas eu de condition, Dieu donnant l’Esprit plus ou moins en fonction des mérite, le refusant à celui qui ne serait pas tout à fait dans la norme de la Loi. Le saint Esprit, ce n’est pas l’exigence, mais une source de vie, de liberté, de force et de joie donnée, comme l’air que nous respirons est donné à tous. Ainsi quand nous sommes devant 100 commandements culpabilisateurs, Jésus nous dit, vite, assieds toi et écrit à la place « Pentecôte ! ». La Pentecôte, ce don de l’Esprit offert par Dieu, c’est le joker qu’il faut opposer à toute loi qui voudrait nous écraser. Dieu nous donne un esprit de vie à la place d’une morale !

Et pour la mesure de blé : le « kor », cette mesure, elle, est mentionnée plusieurs fois dans l’Ancien Testament, mais presque à chaque fois pour évoquer ce que l’on doit à Dieu, ainsi dans le Lévitique : « si quelqu’un sanctifie à l’Éternel un champ de sa propriété, ton estimation sera en rapport avec la quantité de semence : pour un kor de grain, tu donneras 50 didrachmes d’argent » (Lev. 27:11). Pour 100 kor, le pauvre débiteur devrait 5000 didrachmes, 5000 fois l’impôt dû par an pour l’entretient du Temple, ou 10 000 fois le salaire journalier d’un ouvrier, 33 ans de salaire, c’est une somme énorme, le devoir de toute une vie. On est encore dans le devoir, toujours donner à Dieu. Jésus encore ici invite à alléger la dette, non pas ne devoir plus rien, mais moins. Dieu n’est pas celui qui ajoute au devoir, mais celui qui en enlève, libère, soulève le poids de notre dette, de notre péché.

Et de la dette énorme de départ, on arrive à 80. Pour comprendre le sens de ce nombre, il faut connaître non pas forcément le grec ou l’hébreu mais le suisse. En effet, « quatre-vingts » en français ne dit pas grand chose, mais dans certains cantons on dit « huitante » et on entend alors que ce nombre renvoie au chiffre « 8 ». Or « 8 », c’est le nombre de la nouvelle création. En effet, le monde matériel a été créé en 7 jours, la nouvelle création commence une nouvelle semaine et donc le jour « 8 ». C’est ce jour qui est mentionné dans le texte déjà mentionné de Jean 20 (v.19) lorsque le Christ ressuscité apparaît aux disciples pour leur donner l’Esprit et le pouvoir de remettre les péchés : « ce jour qui était le premier de la semaine ». On passe donc de la dette à la résurrection, de la Loi à la libération, même de la mort. Jésus remplace là le Dieu qui exige des sacrifices et des offrandes par celui qui offre le Christ ressuscité et fait de nous une créature nouvelle. Or Jésus est ressuscité pour tous, il n’est pas ressuscité que pour ceux qui font tout bien comme l’exige la Loi. Ainsi Paul dit-il : « A peine mourrait-on pour un juste ; quelqu’un peut-être aurait le courage de mourir pour un homme qui est bon. Mais en ceci, Dieu prouve son amour envers nous : lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous. A bien plus forte raison, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à bien plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. Plus encore, nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation » (Rom 5:7-11).


Il y a donc une réinterprétation des Ecritures à faire, et on pourrait s’inquiéter ainsi de ne pas être fidèle à la lettre, ou de prendre de la liberté par rapport à ce que l’on appelle la « parole de Dieu ». Mais justement, les « Ecritures » sont présentes dans le texte, et une fois encore nos traductions empêchent de le voir : quand nous lisons en français « prends ton billet et écris », le mot « billet » dans le grec est « ta grammata » ce qui veut dire « les écritures », et souvent dans le Nouveau Testament, « ta grammata » désigne l’Ecriture sainte. Nous sommes donc invités à ne pas rester dans le fondamentalisme de la Loi, mais le droit nous est donné de reprendre les Ecritures, de les réécrire même, au nom de Jésus, dans le sens de la libération et de la grâce.

Ainsi par exemple quand je lis dans l’Ecriture « les homosexuels n’hériteront pas du Royaume de Dieu », moi, au nom de Jésus je prends l’Ecriture et j’écris à la place « Pentecôte », « Esprit est donné », « vie nouvelle offerte en Jésus Christ ». Quand je lis que les femmes doivent se taire et se soumettre à leur mari, j’oppose la libération qu’offre le Christ et je dis : « si, elles peuvent le faire et avoir la liberté ». Ce n’est donc pas du mépris pour l’Ecriture, ou du laisser-aller, de la faiblesse qui préside à notre volonté d’accueillir tout le monde, mais une conviction théologique forte fondée sur l’Evangile lui-même et la prédication du Christ que lui, il nous invite à le faire. C’est même là qu’est notre fidélité au Christ, quand nous accueillons au lieu d’exclure, quand nous mettons la grâce là où était un devoir et une culpabilité qui écrasaient.

Jésus nous donne donc une grande responsabilité, et une grande liberté, mais attention, il ne s’agit pas de s’offrir toutes les licences pour autant. Cette liberté, Jésus nous la donne pour soulager les autres, pas pour que nous fassions n’importe quoi ou pour que nous aménagions l’Ecriture dans le sens qui nous arrange, ça se serait retomber dans ce qui était dénoncé au départ : dilapider la grâce pour notre propre convenance ou confort. Ce pouvoir que le Christ nous donne, c’est pour dire que l’Ecriture ne doit jamais être là pour accuser et culpabiliser les autres, mais plutôt pour libérer, alléger et faire grandir.

Et toujours même peut-être sacrifier l’exigence, mais si c’est pour créer du lien au lieu d’exclure. C’est cela « faire des amis avec les richesses indues » passer de ce qui est de l’ordre du devoir, de l’opposition entre celui qui possède et celui qui doit à l’amour qui lui demeure pour l’éternité. Tout ce que Dieu nous invite à faire c’est d’être dans une relation d’amour avec notre prochain, là est la vie nouvelle et cela ne peut se faire que par grâce.

 

Luc 16: 1-12

1Jésus dit aussi aux disciples : Il y avait un homme riche qui avait un intendant, et celui-ci lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. 2Il l’appela et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton intendance car, tu ne pourras plus être mon intendant. 3L’intendant se dit en lui-même : Que ferai-je, puisque mon maître m’ôte l’intendance (de ses biens) ? Piocher la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’en ai honte. 4Je sais ce que je ferai, pour qu’il y en ait qui me reçoivent dans leurs maisons, quand je serai relevé de mon intendance. 5Alors il fit appeler chacun des débiteurs de son maître et dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ? 6Cent mesures d’huile, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet, assieds-toi vite, écris : Cinquante. 7Il dit ensuite à un autre : Et toi, combien dois-tu ? Cent mesures de blé, répondit-il. Et il lui dit : Prends ton billet et écris : Quatre-vingts. 8Le maître loua l’intendant infidèle de ce qu’il avait agi en homme prudent. Car les enfants de ce siècle sont plus prudents à l’égard de leurs semblables que ne le sont les enfants de lumière.
9Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, pour qu’ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels, quand elles vous feront défaut. 10Celui qui est fidèle en peu de choses est aussi fidèle dans ce qui est important, et celui qui est injuste en peu de choses est aussi injuste dans ce qui est important. 11Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera le (bien) véritable ?

 

Jean 20:19-23

 19Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient fermées, par la crainte qu’ils avaient des Juifs ; Jésus vint, et debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! 20Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent en voyant le Seigneur. 21Jésus leur dit de nouveau : Que la paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. 22Après ces paroles, il souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. 23Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.