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La révolte de Qoré, et les Psaumes des fils de Qoré

Prédication prononcée le 4 février 2018, au temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

 

L’histoire de la révolte de Qoré en Nombres 16 est une bien curieuse affaire, ne serait-ce que par la quantité de fois où Qoré est cité dans la Bible, jusque dans le Nouveau Testament (épître de Jude 11). En particulier, on peut se demander pourquoi on le trouve en tête de plusieurs psaumes. Il y a en effet 11 psaumes entre 42 et 49 puis entre 54 et 88 qui sont dits « des fils de Qoré ». Bien des commentaires disent que c’est juste que Qoré et ses descendants faisant partie de la tribu de Lévy étaient attachés au service du temple et donc pourquoi pas des chantres. Mais on peut penser qu’il y a là un sens plus essentiel, et se demander si le contenu même de ces Psaumes ne serait pas à comprendre à partir de l’histoire de la révolte de Qoré.

L’histoire générale est que le peuple avait quitté l’Egypte où il était asservi, et il était parti sous la direction de Moïse pour cheminer dans le désert en vue d’aller vers la Terre Promise. Aaron, frère de Moïse était alors le chef de des prêtres. Qoré était un notable puissant et riche, il se révolte contre Moïse et Aaron mettant en cause leur autorité et le sacerdoce en général, ainsi que leur responsabilité d’avoir entraîné le peuple dans ce désert inconfortable. Il sera englouti sans l’abîme avec tous ses biens.

En lisant attentivement le texte des Nombres, on peut comprendre quelles étaient les revendications de Qoré, et pourquoi il a été condamné si gravement.

D’abord, il y a la remise en cause de l’autorité même de Moïse et des prêtres en arguant que tout le monde devait être à égalité et donc tous prêtres, ce que Moïse soupçonne de cacher l’ambition personnelle d’être prêtre lui aussi. Ensuite, Qoré remet en cause Dieu lui-même, le peuple est dans une situation difficile dans le désert, comment alors dire que Dieu existe et est bon et puissant quand on voit les épreuves que l’on doit affronter. Et enfin, il regrette le bon vieux temps de l’Egypte, où certes ils étaient asservis, mais ils avaient au moins un peu de confort et des marmites pleines.

Tout cela peut sembler sans grande importance, mais en fait il y a là la liste des erreurs les plus graves en religion, et même dans notre manière de vivre, erreurs qui risquent de nous précipiter dans l’abîme, c’est-à-dire de nous reléguer à l’état d’animal sans espérance et uniquement condamnés à aller dans la tombe, ou à être engloutis dans le néant et l’absurde. Les Psaumes des fils de Qoré sont les réponses à ces erreurs et les antidotes à la tentation d’y souscrire. Le fait est que nous sommes tous fils de Qoré parce que nous sommes tous tentés par les réactions de Qoré. Tout comme le Christ lui-même y a été confronté ainsi que le relate l’Evangile avec les tentations du Christ (Matt. 4) où l’on retrouve à peu près les mêmes thématiques.


La première erreur de Qoré est la remise en cause de Dieu lui-même : on dit être accompagnés et guidés par un Dieu puissant et Dieu de bonté, mais où est-il ce Dieu quand on voit les difficultés et épreuves que l’on doit endurer. C’est en fait le problème du mal, objection courante à la foi. Dans la circonstance, voyant l’histoire d’Israël de plus haut, on comprend l’erreur de Qoré : certes les israélites subissent des épreuves, mais elles ne sont qu’une situation passagère dans un chemin qui doit mener à un bien qui est la Terre Promise. Ce mal n’est donc pas une réalité dernière, ni la volonté de Dieu, ni le but du cheminement et ce mal est appelé à disparaître. L’essentiel est donc d’avoir une vision dynamique de la création et du monde en général et de notre vie en particulier. C’est la thèse de la création continuée : nous ne sommes pas face au monde comme par rapport à un chef d’œuvre terminé sur lequel on pourrait juger l’artiste, mais face à une ébauche. Le mal n’est donc pas l’œuvre de Dieu, mais il est dans les imperfections inévitables de toute épreuve. De même on ne peut pas juger un tableau avant qu’il soit fini, et bien sûr qu’il y a énormément d’imperfections encore présentes, dans une œuvre non finie. Il ne faut donc pas regarder le mal dans le monde pour en accuser Dieu, mais dire qu’il y a encore du mal dans le monde, mais que Dieu est sans cesse à l’œuvre pour lutter contre celui-ci et qu’il demande au passage notre aide pour faire progresser la création en faisant avancer le règne de Dieu. De même, notre vie ne se définit pas par le mal que l’on endure parfois, mais par l’orientation qu’on lui donne, par le but vers lequel elle se dirige. Ainsi le sens de la marche dans le désert du peuple justifie toutes les épreuves possibles : il est dans un chemin le libérant de l’asservissement en Egypte pour aller vers la Terre Promise.

Et le fait est que parfois, en plus, il faut passer par un certain mal, des épreuves, des difficultés pour pouvoir aller plus loin : ainsi que le dit l’évangile de Jean : « si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12:24).

Après on pourrait objecter que cela ne fait pas une consolation totale, en effet, aucun de nous aujourd’hui n’avons aucune chance de connaître un jour un monde parfaitement libéré de tout mal et parfait comme le Ciel. Mais ce n’est pas grave, de la même manière, la Bible nous dit qu’aucun de ceux qui étaient dans le désert, sortis d’Egypte, n’entreront dans la Terre Promise. Mais ce n’est pas grave, leurs enfants y entreront. Ce qu’il faut, c’est aller de l’avant et transmettre. L’essentiel est donc d’être en chemin et d’avancer, le chemin lui-même quand il se dirige vers le bien devient un chemin lumineux.

Cela peut être une consolation mais même si l’on sait intellectuellement que Dieu ne s’éloigne jamais de nous, il n’empêche que l’on puisse avoir le sentiment d’être abandonné par Dieu. Cela les Psaumes des fils de Qoré ne le nient pas, mais la bonne attitude alors, ce n’est pas comme Qoré de rejeter Dieu, mais plutôt de lui crier son doute et sa souffrance dans la prière, comme dans le Psaume 44 : « Lève-toi ! Pourquoi dors-tu, Seigneur ? Réveille-toi ! Ne nous rejette pas à jamais ! Pourquoi caches-tu ta face ? Pourquoi oublies-tu notre malheur et notre oppression ? Car notre âme est abattue dans la poussière, Notre corps est attaché à la terre. Lève-toi, pour nous secourir ! Délivre-nous à cause de ta bienveillance ! » (Ps 44:24-27).

Et la bonne nouvelle, c’est qu’en effet nous ne sommes jamais seuls dans les difficultés : « Dieu est pour nous un refuge et un appui, Un secours qui se trouve toujours dans la détresse. C’est pourquoi nous sommes sans crainte quand la terre est bouleversée, Et que les montagnes chancellent au cœur des mers, Quand leurs eaux grondent, écument, Ébranlent les montagnes en se soulevant. » (Ps 46:2-4).


La deuxième erreur de Qoré a été la remise en cause du sacerdoce : il affirmait qu’il n’y avait pas besoin de prêtres, tout le monde étant à égalité puisque tous les juifs étaient de la même manière au pied du Sinaï.
C’est le risque de l’abandon de tout sacré dans une société, quand tout est nivelé dans le profane. Notre texte dit que cela est extrêmement dangereux et peut tout précipiter dans l’abîme. Nous voyons ce danger aujourd’hui dans notre société qui met comme une valeur ultime la laïcité comprise comme le rejet de toute dimension religieuse. Mais si une société muselle, réduit au silence et cache tout discours mettant de l’idéal, de la transcendance, de l’absolu et du sacré dans la société, alors celle-ci risque de s’effondrer sur elle-même dans un matérialisme désespérant. Et comme il y a de toute façon une aspiration à l’absolu dans l’humanité, et surtout peut-être chez les plus démunis de notre société, la soif d’un idéal, d’un salut, de quelque chose qui élève au dessus de la médiocrité de la vie et des perspectives matérielles que la société offre, si la société elle même ne propose rien d’extraordinaire, ceux là, comme les jeunes de nos banlieues seront les proies faciles du premier prédicateur sectaire ou intégriste venu, parce que lui, il leur proposera une manière de mettre de l’idéal et l’absolu dans leur vie, malheureusement d’une manière désordonnée et néfaste pour eux et pour la société. On ne lutte pas contre l’idolâtrie par l’athéisme, mais par une juste foi ; ni contre l’intégrisme par la laïcité, mais par une juste religion.

Cela dit le protestantisme est particulièrement menacé par cette tentation de Qoré avec son principe du sacerdoce universel qui ressemble exactement à la requête de Qoré : plus de prêtres, aucun lieu qui soit plus sacré que d’autre, et pas de geste religieux particulier. Certes l’idée au départ est belle, tous prêtres, tout est sacré et le moindre acte de sa vie devient un acte religieux. Mais le risque est que tout tombe dans le profane et finalement dans le néant comme Qoré dans son abîme.

Or si l’on regarde les protestants de l’ancien temps, ils ne rabaissaient pas tout dans le profane, au contraire, ils avaient une très haute idée de la sainteté, ou du sacré d’une certaine manière. Certes il y a le sacerdoce universel, mais les pasteurs étaient respectés comme des hommes de Dieu et pas seulement comme des « permanents de l’Eglise », la Bible n’était pas traitée par dessus la jambe comme un livre semblable aux autres, mais jouissait d’un immense respect, et tout ce qui touchait la religion était d’une importance non négociable : le culte, la prière, la vie spirituelle... cela était au dessus de tout comme le cœur de leur propre vie. Et même ceux qui n’étaient pas de grands mystiques avaient une conception quasi sainte de l’éthique : chez les protestants, on ne négociait pas avec l’honnêteté, la rigueur, le travail, il y avait là un devoir sacré. Si on oublie ça et s’il n’y a plus de sacré, on s’écrase au sol.


La troisième tentation à laquelle ont succombé Qoré et ses amis, c’est celle du pouvoir. Le texte de Nombres 16 montre que Moïse n’est pas dupe et qu’en fait sous un prétexte populiste, Qoré est jaloux de la primauté d’Aaron et aimerait prendre sa place et profiter de son pouvoir. Ce danger essentiel est montré aussi dans le récit des tentations du Christ (Matth. 4). C’est le désir vital de vouloir se mettre en avant. Or, qui veut faire de la quête du pouvoir le sens de sa vie tombe dans l’abîme. Le Psaume 49 l’exprime fort bien : « l’homme qui est en honneur n’a point de durée, Il est semblable aux bêtes qui périssent. » (Ps 49:13). Ce saisissant Psaume des fils de Qoré nous met devant une évidence indéniable : de se grandir dans la société ne nous sauvera pas. Les plus grands et les plus puissants meurent comme les autres. Les rois meurent, les milliardaires aussi, et ne sont pas plus heureux que les autres. Cette quête est donc une fausse piste, et une erreur dénoncée depuis le début de la Bible avec l’histoire de Caïn qui veut dominer son frère et avoir autant de succès que lui.

Sans doute d’ailleurs que cette tentation est en fait celle du matérialisme, consistant à tout miser sur les apparences de ce monde matériel d’ici-bas. Or Qoré s’attache sans cesse aux choses matérielles, quand il dit regretter l’Egypte, c’est à cause de ses marmites pleines de viandes (Exode 16:3), il préfère le confort matériel, même dans le déshonneur et l’asservissement, que la liberté du chemin de Dieu, ce chemin étant en effet parfois inconfortable. C’est aussi une des tentations du Chris de penser que l’essentiel serait de transformer les pierres en pain pour nourrir son ventre. Or ce n’est pas ce monde qui nous sauvera. D’un point de vue matériel et biologique de toute façon notre destin n’est qu’une catastrophe annoncée : la mort. Le Psaume 49 ne s’y trompe pas : honoré ou non nous mourrons comme des animaux. Mais dit le psalmiste : « Dieu libérera mon âme du séjour des morts, Car il me prendra » (Ps. 49:16).

Ce que les psaumes des fils de Qoré nous invitent à faire c’est donc sans cesse de veiller à remettre au centre ce qui est essentiel et ultime : Dieu, le spirituel, le sens, la transcendance et l’absolu : « Vous tous, peuples, battez des mains ! Acclamez Dieu par des cris de joie !  Psalmodiez (en l’honneur de) Dieu, psalmodiez ! Psalmodiez (en l’honneur de) notre roi, psalmodiez ! Car Dieu est roi de toute la terre » (Ps 47: 2,7).
Se tourner vers le spirituel est justement une manière d’échapper à la corruption du monde matériel : « Ne vous amassez pas de trésors sur la terre, où les vers et la rouille détruisent et où les voleurs percent et dérobent, mais amassez des trésors dans le ciel, où ni les vers ni la rouille ne détruisent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Matt. 6:19-21). Et puis c’est une manière d’éviter une autre erreur évidente et grave de Qoré : l’égocentrisme. Croire que l’on pourrait tout faire par ses propres forces sans appui extérieur est aussi absurde que le navigateur qui voudrait souffler dans sa propre voile pour avancer plus vite, ou celui qui voudrait se soulever lui-même sans point d’appui extérieur, c’est impossible et on ne peut que parvenir au néant. C’est pourquoi le Psaume 44 dit-il : « Ce n’est pas en mon arc que je me confie, ce n’est pas mon épée qui me sauvera ; Mais c’est toi qui nous sauves de nos adversaires » (Ps. 44-7-8).

Se tourner vers Dieu plutôt que vers soi-même est essentiel, non seulement pour son salut, mais aussi pour toute son action. Moïse le montre très bien, l’action de Qoré n’est pas du tout désintéressée, mais il ne fait qu’essayer de se grandir lui-même, or agir pour soi-même est condamner son action a périr avec soi, alors qu’agir pour les autres, pour Dieu est s’ouvrir vers une autre dimension qui nous survit : « Mon cœur bouillonne de belles paroles. Je dis : Mes œuvres sont pour le roi ! » (Ps 45:2).

 
Et enfin, peut-être que l’erreur la plus fondamentale de Qoré est qu’il regarde vers le passé et non vers le futur : il regrette l’Egypte au lieu de se tourner vers la Terre Promise. Il croit que l’idéal est derrière en attribuant à l’Egypte ce qu’on dit de Canaan comme un pays où coulent le lait et le miel. Mais c’est qu’il n’a aucune vision d’avenir, aucun idéal, il ne voit que la situation présente pour la déplorer et le passé pour le regretter. Cela ferme tout avenir possible et enferme dans un abîme mortifère. On ne peut vivre que si l’on se tourne vers l’avenir que si l’on vit d’une promesse, d’un idéal, d’un projet. La foi est adhérer à la parole de Dieu et la prendre comme projet créateur, feuille de route vers une terre promise. La foi libère du passé et du présent pour donner sens à notre vie avec un projet et un idéal. Bien sûr il n’est pas évident que le monde matériel aille vers du mieux, mais peu importe si on a déjà échappé à la tentation du matérialisme. Ce n’est de toute façon pas le monde matériel qui nous sauvera ou nous donnera le bonheur. Quelle que soit la situation matérielle, il y aura toujours la possibilité d’aimer, de partager, de consoler et de partager de la joie. Où que l’on soit c’est Dieu lui-même qui nous donnera la paix, et en lui nous aurons abondance de lait et de miel.

Et alors quel que soit le présent, avec l’aide de Dieu on peut être dans un chemin qui traverse les déserts, franchit les mers et les fleuves. Et Dieu ne remplira peut-être pas vos marmites, mais subviendra toujours à tout ce dont vous aurez besoin pour être heureux comme il l’a fait pour le peuple avec les cailles et la manne. Le Psaume 42 exprime cette foi : « Le jour, l’Éternel m’accorde sa bienveillance ; la nuit, son cantique m’accompagne » (Ps 49:9).


Finalement, la leçon, c’est que quelle que soit la situation matérielle, Dieu peut toujours la transformer en bien. Paul dit que « toute chose concours au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom 8:28). Cela ne signifie pas qu’il suffise de croire en Dieu pour avoir que du bien matériel dans sa vie, l’histoire d’Israël dans le désert précisément montre le contraire, et celle du Christ avec sa passion aussi, mais que si l’on a la présence et la force de Dieu dans son cœur alors toute situation peut devenir bonne, parce que tout peut être occasion pour ne pas rester sur place, mais se mettre en marche sur un chemin qui mène à la vie : « Heureux les hommes dont la force est en toi ! Ils ont dans leur cœur des chemins tout tracés. Lorsqu’ils traversent la vallée du Baka, Ils en font une oasis, Et la pluie la couvre aussi de bénédictions. Leur vigueur ne cesse de croître » (Ps 84:6-8). Ainsi faut-il garder confiance, non pas en soi, mais en Dieu : « Pourquoi est-tu abattue, ô mon âme, et t’agites tu sur moi, attends à Dieu, oui, encore je rends grâces au salut de ta face. » (Ps. 42:6). Bien sûr, il peut y avoir des situations difficiles, mais si on a un idéal, alors on peut se battre, avancer plutôt que de penser à sa propre situation pour gémir dessus : « Ceins ton épée à ton côté, vaillant guerrier, Ton éclat et ta splendeur, Oui, ta splendeur ! Élance-toi, monte sur ton char, Pour la cause de la vérité, de l’humilité et de la justice, Que ta droite te montre des (exploits) formidables ! » (Ps. 45:4,5).

Et ainsi, au delà de soi, l’important c’est ce qui est devant, et même si ce n’est plus pour soi, mais pour d’autres, s’oublier soi même pour le chemin, c’est finalement penser à ce que l’on va transmettre plus qu’à ce que l’on consomme ou vit soi-même. Cela est le vrai secret de la vie et quelle que soit sa situation toujours il est possible de donner à quelqu’un de transmettre, d’aider et d’accompagner, jusque même su son lit de mort on peut faire un sourire à un enfant ou à une infirmière. Certes, posséder des biens, de la santé, du pouvoir peut être agréable, avoir des gens qui vous donnent et vous aident peut l’être aussi, mais le Seigneur a dit « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir », et si recevoir ne dépend pas de soi, donner est toujours possible. Alors comme le dit le Psaume  45 : « Tes fils prendront la place de tes pères ; tu les établiras princes dans tout le pays. Je rappellerai le souvenir de ton nom de génération en génération, aussi les peuples te célébreront éternellement et à perpétuité. » (Ps 45:17-18).

Et enfin, on remarquera que le nom de « Qoré » ( קֵרֵחַ )  signifie en hébreu « le crâne chauve ». Or le crâne en latin se dit « calvaria » ce qui nous renvoie au Calvaire. Saint Augustin l’a bien compris dans ses commentaires des fils de Qoré où justement il renvoie au Calvaire, appelé ainsi parce que les évangiles nous disent que Jésus a été crucifié sur le mont du « crâne ». Or ce Calvaire du Christ, est la clé de toute cette histoire : lieu de toute souffrance de tout doute possible, il est aussi le chemin du salut et de la vie. Si l’on garde confiance en Dieu si on s’oublie soi-même pour l’infini, l’éternel, le spirituel alors le Calvaire n’est plus chemin de souffrance ou d’engloutissement, mais de résurrection et de vie.

 

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Nombres 16

16 1Qoré, fils de Yitsehar, fils de Qehath, fils de Lévi, avec Datan et Abiram, fils d’Éliab, et Ôn, fils de Péleth, tous trois fils de Ruben, 2prirent (l’initiative) de se soulever contre Moïse, avec deux cent cinquante hommes des Israélites, des princes de la communauté, de ceux que l’on convoquait aux réunions et qui étaient des gens de renom. 3Ils s’assemblèrent contre Moïse et contre Aaron et leur dirent : C’en est assez ! car toute la communauté, tous sont saints, et l’Éternel est au milieu d’eux. Pourquoi vous élevez-vous au-dessus de l’assemblée de l’Éternel ?
4Quand Moïse eut entendu cela, il tomba face contre terre. 5Il parla à Qoré et à toute sa troupe, en disant : Demain matin, l’Éternel fera connaître qui est à lui et qui est saint, et il le fera approcher de lui ; il fera approcher de lui celui qu’il choisira. 6Faites ceci : Prenez des brasiers, Qoré et toute sa troupe. 7Demain, mettez-y du feu et placez-y du parfum devant l’Éternel ; l’homme que l’Éternel choisira, c’est lui qui sera saint. C’en est assez, fils de Lévi !
8Moïse dit à Qoré : Écoutez donc, fils de Lévi ! 9Est-ce trop peu pour vous que le Dieu d’Israël vous ait mis à part de la communauté d’Israël, en vous faisant approcher de lui, pour vous employer au service du tabernacle de l’Éternel et vous placer devant la communauté afin de l’assister ? 10Il vous a fait approcher de lui, toi et tous tes frères, les fils de Lévi avec toi, et vous réclamez encore le sacerdoce ! 11C’est à cause de cela que toi et toute ta troupe, vous vous liguez contre l’Éternel ! En effet, qui est Aaron, pour que vous murmuriez contre lui ?
12Moïse envoya appeler Datan et Abiram, fils d’Éliab. Mais ils dirent : Nous ne monterons pas ! 13Est-ce trop peu que tu nous aies fait monter d’un pays découlant de lait et de miel afin de nous faire mourir au désert ? Vas-tu encore t’imposer à nous ? 14Ce n’est pas dans un pays découlant de lait et de miel que tu nous as fait entrer, ce ne sont pas des champs et des vignes que tu nous as donnés en héritage. Imagines-tu que ces gens sont aveugles ? Nous ne monterons pas ! 15Moïse fut très irrité et dit à l’Éternel : N’aie pas égard à leur offrande. Je ne leur ai pas même pris un âne et je n’ai fait de mal à aucun d’eux.
16Moïse dit à Qoré : Toi et toute ta troupe, trouvez-vous demain devant l’Éternel, avec Aaron. 17Prenez chacun votre brasier, mettez-y du parfum et présentez devant l’Éternel chacun votre brasier : (il y aura) deux cent cinquante brasiers ; Aaron et toi, (vous prendrez aussi) chacun votre brasier. 18Ils prirent chacun leur brasier, y mirent du feu, y placèrent du parfum et se tinrent à l’entrée de la tente de la Rencontre avec Moïse et Aaron. 19Et Qoré assembla contre eux toute la troupe, à l’entrée de la tente de la Rencontre. Alors la gloire de l’Éternel apparut à toute la communauté.
20L’Éternel parla à Moïse et à Aaron et dit : 21Séparez-vous du milieu de cette communauté, et je les exterminerai en un seul instant. 22Ils tombèrent face contre terre et dirent : O Dieu, Dieu des esprits de toute chair ! Un seul homme aurait péché et tu serais indigné contre toute la communauté ?
23L’Éternel parla à Moïse et dit : 24Parle à la communauté et dis : Retirez-vous de toutes parts loin de la demeure de Qoré, de Datan et d’Abiram. 25Moïse se leva et se rendit vers Datan et Abiram ; et les anciens d’Israël s’y rendirent à sa suite. 26Il parla à la communauté et dit : Éloignez-vous des tentes de ces hommes méchants et ne touchez à rien de ce qui leur appartient, de peur d’être emportés à cause de tous leurs péchés. 27Ils se retirèrent de tous côtés loin de la demeure de Qoré, de Datan et d’Abiram. Datan et Abiram sortirent et se tinrent à l’entrée de leurs tentes, avec leurs femmes, leurs fils et leurs petits enfants.
28Moïse dit : A ceci vous reconnaîtrez que l’Éternel m’a envoyé pour accomplir toutes ces œuvres, (et que je n’agis) pas de moi-même. 29Si ces gens meurent comme tous les hommes meurent, s’ils subissent le sort commun à tous les hommes, ce n’est pas l’Éternel qui m’a envoyé ; 30mais si l’Éternel fait une chose inouïe, si le sol ouvre sa bouche pour les engloutir avec tout ce qui leur appartient, et qu’ils descendent vivants dans le séjour des morts, vous reconnaîtrez alors que ces gens ont outragé l’Éternel.
31Comme il achevait de prononcer toutes ces paroles, le sol qui était sous eux se fendit. 32La terre ouvrit sa bouche et les engloutit, eux et leurs maisons, avec tous les gens de Qoré et tous leurs biens. 33Ils descendirent vivants dans le séjour des morts, eux et tout ce qui leur appartenait ; la terre les recouvrit, et ils disparurent du milieu de l’assemblée. 34Tout Israël, qui était autour d’eux, s’enfuit à leur cri, en disant : Surtout, que la terre ne nous engloutisse pas ! 35Un feu sortit d’auprès de l’Éternel et consuma les deux cent cinquante hommes qui présentaient le parfum.

Psaume 42-43

  42 1Au chef de chœur. Poème des fils de Qorém.
  2Comme une biche soupire après des courants d’eau,
  Ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu !
  3Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant :
  Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu ?
  4Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit,
  Pendant qu’on me dit tout le temps :
  Où est ton Dieu ?
  5Voici pourtant ce dont je me souviens avec effusion de cœur :
  Je marchais avec la foule
  Et m’avançais avec elle vers la maison de Dieu,
  Au milieu des acclamations et de la reconnaissance
  D’une multitude en fête.
  6Pourquoi t’abats-tu, mon âme,
  Et gémis-tu sur moi ?
  Attends-toi à Dieu, car je le célébrerai encore
  Pour son salut.  7Mon Dieu, mon âme est abattue à mon sujet :
  C’est pourquoi, je me souviens de toi, depuis le pays du Jourdain,
  Depuis l’Hermon, depuis la montagne de Mitsear.
  8Un abîme appelle un autre abîme au bruit de tes cascades,
  Toutes tes vagues et tous tes flots passent sur moi.
  9Le jour, l’Éternel m’accorde sa bienveillance ;
  La nuit, son cantique m’accompagne.
  C’est une prière au Dieu de ma vie.
  10Je dis à Dieu, mon roc :
  Pourquoi m’as-tu oublié ?
  Pourquoi dois-je marcher dans la tristesse,
  Sous l’oppression de l’ennemi ?
  11Mes os se brisent quand mes adversaires me déshonorent,
  En me disant tout le temps : Où est ton Dieu ?
  12Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu sur moi ?
  Attends-toi à Dieu, car je le célébrerai encore ;
  Il est mon salut et mon Dieu.
  43 1Rends-moi justice, ô Dieu,
  Défends ma cause contre une nation infidèle !
  Délivre-moi des hommes de ruse et de fraude !
  2C’est toi mon Dieu protecteur, pourquoi m’as-tu rejeté ?
  Pourquoi dois-je marcher dans la tristesse,
  Sous l’oppression de l’ennemi ?
  3Envoie ta lumière et ta vérité !
  Qu’elles me guident,
  Qu’elles me conduisent à ta montagne sainte et à tes demeures !
  4J’irai vers l’autel de Dieu,
  Vers Dieu, ma joie et mon allégresse,
  Et je te célébrerai sur la harpe, ô Dieu, mon Dieu !
  5Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu sur moi ?
  Attends-toi à Dieu, car je le célébrerai encore ;
  Il est mon salut et mon Dieu.

Psaume 49

  49 1Au chef de chœur. Psaume des fils de Qoré.
  2Écoutez ceci, vous tous, peuples,
  Prêtez l’oreille, vous tous, habitants du monde,
  3Petits et grands,
  Ensemble riches et pauvres !
  4Ma bouche va prononcer des paroles sages,
  Et mon cœur médite des pensées intelligentes.
  5Je prête l’oreille aux sentences,
  J’expliquerai mes énigmes au son de la harpe.
  6Pourquoi aurais-je de la crainte aux jours du malheur,
  Lorsque la faute de mes adversaires m’enveloppe ?
  7Ils ont confiance en leurs biens
  Et se félicitent de leur grande richesse.
  8Ils ne peuvent se libérer l’un l’autre,
  Ni donner à Dieu le prix de leur rançon.
  9La libération de leur âme est chère,
  Et n’aura jamais lieu ; 10Vivrait-on à toujours,
  Sans voir le gouffre ?
  11Car on le verra : les sages meurent,
  L’insensé et le stupide périssent également
  Et laissent leurs biens à d’autres.
  12Ils s’imaginent que leurs maisons subsisteront toujours,
  Et leurs demeures de génération en génération,
  Eux qui avaient donné leurs noms à des terres.
  13Mais l’homme qui est en honneur n’a point de durée,
  Il est semblable aux bêtes qui périssent.  14Telle est leur voie, leur folie,
  Et ceux qui les suivent se plaisent à leurs discours.
Pause.
  15Comme un troupeau, ils sont mis dans le séjour des morts,
  La mort en fait sa pâture ;
  Et bientôt les hommes droits les foulent aux pieds,
  Leur beauté s’évanouit, le séjour des morts est leur demeure.
  16Mais Dieu libérera mon âme du séjour des morts,
  Car il me prendra.
Pause.  17Ne sois pas dans la crainte quand un homme s’enrichit,
  Quand la fortune de sa maison s’accroît ;
  18Car il n’emporte rien en mourant,
  Sa fortune ne descend pas à sa suite.
  19Il pourra s’estimer heureux pendant sa vie.
  On te célébrera parce que tu as eu du bonheur,
  20Tu iras néanmoins au séjour de tes pères,
  Qui jamais ne reverront la lumière.
  21L’homme qui est en honneur, et qui n’a pas d’intelligence,
  Est semblable aux bêtes qui périssent.