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Mais où est Emmaüs?

 

Prédication prononcée le 23 avril 2017, au Temple de l'Étoile à Paris,

par le pasteur Louis Pernot

 

Le récit des pèlerins d’Emmaüs est l’un des plus beaux de ceux qui mettent en scène le Christ ressuscité. On peut particulièrement bien s’identifier à ces deux disciples qui marchent dans le deuil et la tristesse et qui découvrent à la fin qu’ils n’ont jamais été seuls, mais que toujours leur ami et sauveur les accompagnait de sa douce et intelligente présence. On voit aussi le Christ vouloir toujours aller plus loin qu’eux, mais qui finalement accepte de se mettre à leur niveau en restant avec eux là où ils sont parce qu’ils se trouvent dans la difficulté. Ils lui disent : « reste avec nous, Seigneur, car le jour décline » prière magnifique du croyant dans l’épreuve à laquelle répond le Seigneur. Ils trouvent en lui finalement la nourriture de leur vie et retournent tout joyeux vers Jérusalem et leurs frères et sœurs. Tout cela donc est très beau et profond, mais il y a un problème : c’est ce nom de village « Emmaüs » vers lequel il est dit qu’ils se dirigent : personne, en fait, ne sait où cela pouvait se trouver. Il n’en est jamais mention dans l’Ancien Testament, et aucune villa n’a jamais porté ce nom. On ne sait même pas où Emmaüs pouvait bien se trouver, aujourd’hui, on l’attribue à plusieurs villes possiblement, en fonction de leur distance par rapport à Jérusalem : 60 stades selon le texte, ce qui fait à peu près 10km. Pourquoi Luc mentionne-t-il un nom de ville si il ne représente rien ?

Dans toute recherche de ce genre, il faut d’abord de pencher sur le texte, et en particulier sur les variantes qu’il peut avoir. Or à cet endroit, certains manuscrits, parmi les plus fiables, donnent non pas « Emmaüs », mais « Oulammaüs », et là on a une piste : c’est un nom de ville cité dans l’Ancien Testament, plus particulièrement dans le récit du rêve de Jacob où il voit une échelle entre le Ciel et la Terre et des anges qui y montent et descendent. Il est dit à la fin du récit que Jacob appelle ce lui qu’il considère comme la porte des Cieux « Bethel » (ce qui signifie « la maison de Dieu », mais qu’auparavant ce lieu s’appelait « oulammaüs » (dans le grec des Septantes ou « oulam-louz » dans l’hébreu)  (Gen. 28:10-21).

Or ce récit a des ressemblances frappantes avec le nôtre. Tous deux se passent au coucher du soleil. Il y est fondamentalement question d’un lien entre le Ciel et la Terre, pour Jacob, c’est une échelle avec des anges qui montent et descendent, et dans l’Evangile, c’est le Christ lui-même qui vient de Dieu, et donc descend du Ciel, et qui y remonte. Dans les deux cas, il y a une présence de Dieu qui n’est pas comprise tout de suite : les disciples d’Emmaüs diront : « notre cœur ne brûlait-il pas au dedans de nous », et Jacob : « Certainement, Dieu est présent en ce lieu et je ne le savais pas ». Dans les deux textes, il est question que Dieu donne son pain à manger, et dans les deux cas, le but est de retourner dans la maison de son Père, c’est-à dire à Jérusalem.

On peut donc vouloir mettre ces deux textes en parallèle et voir comment ils peuvent s’éclairer mutuellement.

Les disciples, comme Jacob, s’éloignent de Jérusalem ou de la Terre Promise. Jacob est en fuite, et les disciples en déroute dans leur déception. On pourrait dire vulgairement qu’ils filent un mauvais coton. Or c’est le sens du nom de la ville qui est cité : « Oulam-Maous » signifie « le portique du défaut », ou « la porte du crime », et la variante « Oulam-Louz » signifie « la porte de l’éloignement », « la porte de l’abandon ». On ne pourrait mieux dire. Et « Emmaüs » signifie encore la même chose : « la force (ou la puissance) du crime ». En fait, donc la variante de l’Evangile n’en est pas une puisque le sens hébreu est le même.

Et puis il est dit que les disciples vont à 60 stades de Jérusalem, or « 6 » est le nombre du mal, ils s'éloignent de la présence de Dieu, ils sont dans le refus de Dieu, comme Jacob, ils sont dans une fuite en avant qui ne peut les mener nulle part.
Et c’est là qu’est une bonne nouvelle : même dans nos chemins d’égarement, Dieu nous rejoint et fait route avec nous, sans nécessairement que nous nous en rendions compte, mais bien réellement. C’est ce qu’il promet d’ailleurs à Jacob : « Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays; car je ne t'abandonnerai point » (Gen 28 :15)  et c’est aussi ce que promettra le Christ ressuscité à ses disciples : « Voici je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matt. 28:20).

Et ce mode de présence de Dieu, présence qu’on ne reconnaît pas forcément tout de suite, mais si efficace, il est avant tout dans sa parole, c’est-à-dire dans la lecture et la méditation de la Bible. Cela est explicite dans le récit de Luc. Mot à mot, il est dit que le Christ apparaît « dans leur discourir et leur co-rechercher », c’est-à-dire dans leur discussion et leur recherche commune concernant les événements de la vie du Christ. C’est dans cette parole qui circule entre eux que le Christ se rend présent et chemine avec eux. De même, Jacob est mis en présence d’anges, or les « anges », ce ne sont pas des créatures, mais des « messagers », Dieu est présent dans des paroles qui montent et qui descendent entre Dieu et Jacob. Dans les deux cas, cette présence de Dieu n’est pas évidente, les disciples ne voient pas la présence du Christ ni Jacob celle de Dieu. Mais le Christ est présent quand les disciples étudient toute la Bible, depuis Moïse jusque tous les prophètes, ils ne le découvriront qu’à la fin. On ne peut que penser là à l’expérience de bien des lecteurs de la Bible pour qui cette lecture ou l’étude semble aride ou stérile. Il ne faut pas se décourager, la présence de Dieu est difficile à appréhender, et on peut étudier longtemps la Bible sans la ressentir, pourtant Dieu est bien présent dans cette étude. Ainsi de même les enfants des écoles Bibliques avec qui on étudie tous les textes, de la Genèse à l’Apocalypse, en passant par Abraham, Moïse, les prophètes, les évangiles, lest apôtres, peuvent croire que c’est une étude purement humaine dont ils ne comprennent pas forcément l’importance, pourtant certainement Dieu est présent dans ce cheminement, cette étude même rend présent le Christ dans leur vie et fait de lui leur compagnon, c’est un fait et on espère qu’ils en prendront conscience un jour.

Dans un autre passage juste après le rêve de l’échelle, Jacob se bat avec un ange, Il faut se battre corps-à-corps avec la Bible, avec le Christ, il faut débattre, rechercher à plusieurs, en parler pendant toute la nuit. Il peut s’y trouver une forme d'aridité, mais c'est ce qui permet d'accéder à la bénédiction, et à une actualisation de la présence active de Dieu.

Et nous avons là l’illustration de ce que Jésus a dit : « là ou 2 ou 3 sont réunis en mon nom je suis au milieu d’eux » (Matt. 18:20). On n’est jamais seul avec sa Bible, mais accompagnés de la présence vivifiante du Christ qui donne tendresse, espérance, intelligence.
Il est vrai que ce travail n’est pas facile, la parole elle-même parfois nous remet en cause, elle nous contrarie, comme le Christ qui tance vertement les disciples : « hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire » ou Jacob qui sort boiteux de son combat, mais il en sort aussi béni, et les disciples avec une grande joie.

Mais il est vrai que dans un premier temps, cela semble ne rien leur apporter. Ils ne découvriront cette présence qui les accompagne que lorsque le Christ leur donnera du pain à manger. Cela peut être diversement compris. Tout d’abord, il y a l’interprétation sacramentelle expliquant que l’étude de la Parole n’est qu’une sorte de préliminaire ne donnant pas la présence totale et entière, mais que celle ci, la « présence réelle » n’est effective que dans l’eucharistie où l’on partage le pain et le vin. Il est sans doute là totalement anachronique de plaquer une pratique sacramentelle plus tardive sur ce geste simple du Christ. Et les Réformateurs ont à juste titre affirmé que la lecture et l’étude de l’Ecriture n’est pas du tout un préalable, mais qu’il y a bien la plénitude de la présence réelle dans l’Ecriture. La question n’est pas le mode de présence, mais le fait que les disciples en prennent conscience. On peut dont penser que le texte n’a pas pour objectif là d’affirmer que rite aurait une puissance intrinsèque, avec une suprématie du geste sur la parole, mais que l’épisode montre simplement une prise de conscience par les disciples que la présence du Christ est réellement une nourriture pour eux. Il faut comprendre la Cène dans la signification qu’elle a de distribution de parole, de l’Evangile comme nourriture spirituelle, le pain de vie qui est le Christ lui-même et qui se donne au monde. Le basculement se fait donc dans l’expérience fondamentale, la découverte que cette parole peut nourrir. Dans un premier temps, la lecture, la méditation, le débat peuvent sembler des démarches purement intellectuelles, une curiosité, mais ensuite, on peut découvrir que dans cette parole qui circule, il y a quelque chose de bon apte à être une nourriture pour notre vie, une source de force, et une joie pétillante comme le vin nouveau qui nous est donnée. C’est ce que pressentent les disciples quand ils disent : « reste avec nous, le jour décline ». Ils vont trouver enfin que cette présence nourrit leur âme qu’elle leur fait du bien, qu’ils en ont besoin, alors tout change dans leur vie.
Alors ils reviennent de leur égarement et retournent vers Jérusalem, c’est-à-dire vers Dieu. Alors ils cessent de s’éloigner de tout, ils cessent de fuir pour revenir vers les autres, et ils deviendront eux-mêmes promoteurs, témoins de cette parole de vie.

Ce qui est curieux, néanmoins, dans le texte, c’est que le Christ leur est retiré quand ils le découvrent. Cela aussi peut être interprété de diverses manières. On peut penser que ce n’est là que l’expression de l’expérience ordinaire de tout croyant : la vie spirituelle a des hauts et des bas, on ne peut être toujours et en permanence dans le sentiment de la présence du Christ ou de l’amour de Dieu. Il y a des moments où Dieu semble absent, où le Christ semble loin. Il faut le savoir, ne pas s’en culpabiliser ni s’en désoler. On voit là que cette absence ne démobilise pas les disciples, au contraire, on peut agir fidèlement au Christ même si on n’est pas dans un moment de grande profondeur mystique. Les disciples savent que même s’ils n’expérimentent pas à tout moment sa présence, néanmoins il est là, il est vivant, et il les accompagnent dans une mission où ils peuvent, eux, être témoins d’une bonne nouvelle.

On peut aussi penser que cette absence n’est pas due à la faiblesse des disciples, mais tout à fait bonne et voulue par le Christ lui-même. On quitte là la petite histoire édifiante qui pourrait se contenter de dire qu’il faut chercher le Christ dans sa parole, pour arriver comprendre sa présence. Ce qu’on ne peut qu’en conclure, c’est que la parole n’est pas un but en soi, c’est un pédagogue, que la contemplation de la présence du Christ n’est même pas ce à quoi il faudrait rester, mais qu’il faut s’en nourrir pour aller plus loin. C’est la même chose pour la pratique religieuse. Le but, c’est d’aller vers Dieu et d’aller vers les autres, d’agir, pas de rester dans la satisfaction égoïste passive de la douce présence de son sauveur ou de Dieu, mais de se considérer comme envoyé en mission. Pour cela il faut cesser de rester dans la contemplation et agir dans le monde comme si Dieu n’était pas là. Cela va dans le sens d’un bon nombre de paraboles où le maître responsabilise ses serviteurs, en leur donnant un vrai rôle parce que lui s’en va en voyage. Cela peut permettre de comprendre cette paroles très mystérieuse du Christ qu’il dit à ses disciples : «  Il est avantageux pour vous que je m'en aille » (Jean 16:7). Si l’on est sans cesse à attendre que Dieu nous donne, il n’y a plus d’action possible.

En fait, ce qui est fécond, ce n’est ni l’absence, ni l’obsession permanente de Dieu, mais sa présence dans son absence et son absence dans sa présence. Si Dieu est absent, il faut le chercher et le rendre présent, s'il est présent, il faut le laisser de côté et agir comme si nous étions seuls responsables de l'action dans le monde.

Cela peut être vu aussi dans l’histoire du rêve de Jacob : les anges qui montent et qui descendent sur l’échelle sont habituellement interprétés, puisque l’ange est un messager, comme des paroles qui viennent de Dieu, et des prières qui montent de nous vers lui, ou Dieu qui fait descendre sa parole et nos bonnes œuvres qui remontent vers lui. Mais en fait, cette lecture est très discutable. Certes, les anges sont des « messagers », mais dans la Bible plutôt des messagers divins. Ce qui monte et descend ne change pas de nature entre la montée et la descente, ce sont dans les deux cas les porteurs de la parole de Dieu. Il s’agirait donc peut-être de cette la présence de Dieu qui est donnée et retirée. C’est à la fois l’expérience normale du croyant, et aussi ce qui féconde sa vie. On ne peut pas être toujours dans la préoccupation de Dieu, il faut aussi parfois détacher son regard de Dieu pour le porter sur le monde, sur ses frères et sœurs, sur ceux qui soufrent, et agir pour eux, enrichis, fécondés que nous sommes par la présence de Dieu qui nous a été donnée un temps. Les disciples vont expérimenter cela : le Christ se donne présent lors de la Cène, puis ils sont confrontés à une absence réelle devant le tombeau vide, puis de nouveau une présence par l’expérience de Pâques, puis de nouveau à une absence par l’Ascension. C’est ce mouvement de va-et-vient qui est créateur, s’il manque un des deux, la foi ou l’absence de foi tombe dans la stérilité ou dans l’asphyxie.

Ainsi, grâce à Dieu qui nous accompagne, si nous acceptons de marcher avec lui, de nous batailler avec lui alors notre vie de tout triste qu’elle peut être devient une joie et une lumière, d'endormis, nous nous réveillons, de couchés et abattus, nous nous relevons, ce qui est le sens de Pâques.

Il y a là un changement de direction opéré dans la vie des disciples, alors qu’ils allaient vers le porche de la perversion (« oulam-maüs »), il changent d’orientation pour aller vers Jérusalem. Comme le lieu où Jacob voit les anges et où Dieu le rencontre est dit par lui être qui s’appelait au départ « oulam-maüs » et que ce porche de l’égarement devient comme il le dit : « la porte des cieux », et aussi Bethel ce qui signifie « la maison de Dieu ».

C’est parce que leur vie a été fécondée par cette rencontre du Christ, parce qu’il a été présent au moins un moment dans leur expérience commune que leur chemin se transforme, alors qu’il était un chemin de tristesse, se dirigeant vers l’abandon, le crime ou le défaut, il devient un chemin vers les autres, vers l’annonce d’une bonne nouvelle et vers la joie.

C'est par ce procédé que nous pouvons être bénéficiaires de la bonne nouvelle de Pâques, de la résurrection qui ne concerne pas que le Christ, et alors aussi, et c'est le dernier des grands miracles que Pâques propose à ceux qui veulent cheminer avec la parole : passer de l’éloignement à la présence des autres, de la perversion à la présence de Dieu.

 

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Luc 22:14-20

L’heure venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui. 15Il leur dit : J’ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir, 16car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. 17Il prit une coupe, rendit grâces et dit : Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous ; 18car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu.
19Ensuite, il prit du pain ; et après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. 20De même il prit la coupe, après le repas, et la leur donna, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous.

 

Genèse 28:10-21

10Jacob partit de Beér-Chéba et s’en alla à Harân. 11Il atteignit un endroit où il passa la nuit, car le soleil était couché. Il prit l’une des pierres de l’endroit, il la plaça sous sa tête, et il se coucha à cet endroit. 12Il eut un rêve. Voici qu’une échelle était dressée sur la terre, et son sommet touchait au ciel ; et les anges de Dieu y montaient et y descendaient. 13Or l’Éternel se tenait au-dessus d’elle ; il dit : Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham, ton père, et le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai à toi et à ta descendance. 14Ta descendance sera (innombrable) comme la poussière de la terre ; tu t’étendras à l’ouest et à l’est, au nord et au sud. Toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta descendance. 15Voici : je suis moi-même avec toi, je te garderai partout où tu iras et je te ramènerai dans ce territoire ; car je ne t’abandonnerai pas, avant d’avoir accompli ce que je te dis.
16Jacob s’éveilla de son sommeil et dit : Certainement, l’Éternel est présent dans cet endroit, et moi, je ne le savais pas ! 17Il eut de la crainte et dit : Que cet endroit est redoutable ! Ce n’est rien moins que la maison de Dieu, c’est la porte des cieux ! 18Jacob se leva de bon matin ; il prit la pierre qu’il avait placée sous sa tête, il l’érigea en stèle et versa de l’huile sur son sommet. 19Il donna le nom de Béthel à cet endroit, mais la ville avait d’abord porté le nom de Louz. 20Jacob fit un vœu en disant : Si Dieu est avec moi et me garde sur la route où je vais, s’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, 21et si je retourne en paix à la maison de mon père, alors l’Éternel sera mon Dieu
Nouvelle Version Segond Révisée (Colombe). (1978). (Gn 28.10–21). Villiers-le-Bel: Société Biblique Française (Bibli’o).

 

Luc 24:13-35

13Et voici que ce même jour, deux d’entre eux allaient à un village nommé Émmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades, 14ils s’entretenaient de tout ce qui s’était passé. 15Pendant qu’ils s’entretenaient et discutaient, Jésus s’approcha et fit route avec eux. 16Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. 17Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Et ils s’arrêtèrent, l’air attristé. 18L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit : Es-tu le seul qui séjourne à Jérusalem et ne sache pas ce qui s’y est produit ces jours-ci ? 19– Quoi ? leur dit-il. Ils lui répondirent : Ce qui s’est produit au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, 20et comment nos principaux sacrificateurs et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié. 21Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces événements se sont produits. 22Il est vrai que quelques femmes d’entre nous, nous ont fort étonnés ; elles se sont rendues de bon matin au tombeau et, 23n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur sont apparus et ont déclaré qu’il est vivant. 24Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses tout comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. 25Alors Jésus leur dit : Hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! 26Le Christ ne devait-il pas souffrir de la sorte et entrer dans sa gloire ? 27Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.
28Lorsqu’ils furent près du village où ils allaient, il parut vouloir aller plus loin. 29Mais ils le pressèrent, en disant : Reste avec nous, car le soir approche, le jour est déjà sur son déclin. Il entra, pour rester avec eux. 30Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction ; puis il le rompit et le leur donna. 31Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. 32Et ils se dirent l’un à l’autre : Notre cœur ne brûlait-il pas au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? 33Ils se levèrent à l’heure même, retournèrent à Jérusalem et trouvèrent assemblés les onze et leurs compagnons, 34qui leur dirent : Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon. 35Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain.
Nouvelle Version Segond Révisée (Colombe). (1978). (Lc 24.13–35). Villiers-le-Bel: Société Biblique Française (Bibli’o).