Le Messie n’est qu’un enfant

 

Jésus n’est pas un bon Messie

Les juifs ne croient pas que Jésus ait été le Messie. En effet, d’après la Bible, la venue du Messie doit accomplir des promesses : paix dans le monde, loup qui ne mange plus l’agneau... Or nous pouvons observer que ce n’est pas ce qui se passe... CQFD.

Que répondent les chrétiens ?

Que la question, c’est de savoir ce que l’on attend de Dieu, de quelle nature sont ses promesses et comment elles doivent se réaliser. De ce côté là, les bergers de la nativité reçoivent une vraie leçon de théologie : ils attendaient le Messie, et l’ange leur dit qu’il est bien arrivé... mais que c’est un bébé.

C’est l’une des affirmations théologiques les plus fortes de tout l’Évangile.
Les juifs attendaient un Messie glorieux et puissant. Ils attendaient de Dieu des actions spectaculaires : rétablir le royaume politique d’Israël et donner la paix entre les nations. Mais voilà, le Messie, c’est un bébé dans une étable, ce qui nous apprend plusieurs choses.

Les leçons du bébé

D’abord, un bébé, c’est faible physiquement. Il faut donc changer d’attente vis-à-vis de Dieu, abandonner l’idée du Dieu tout-puissant de notre enfance pour accueillir un Dieu qui est, non pas de force mais de douceur, de tendresse, d’amour. Un bébé peut changer une vie, mais pas par la violence, par sa tendresse. Et bien qu’il ne fasse pas de grandes œuvres.

Un bébé change une vie quand il arrive quelque part. Il ne donne aucun pouvoir, il n’enrichit pas (bien au contraire), mais quiconque s’occupe de jeunes enfants apprend à donner, à par- donner, à vivre pour un autre, à se tourner vers la vie et vers l’avenir en s’oubliant soi-même, c’est tout le sens de l’Évangile.

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un bébé. Mais Jésus est le bébé de chacun, il faut donc l’accueillir non pas comme un sauveur puissant guerrier, mais comme celui qui nous sauve justement parce qu’il nous apprend à nous tourner autrement.
Voici la conviction chrétienne : la réalisation des promesses messianiques n’est pas matérielle, mais spirituelle, le Messie donne la paix certes, mais pas politiquement, intérieurement.

Un bébé en effet, c’est la force de la non violence. Un bébé, ça désarme, et ce bébé donné aux bergers n’est qu’un concentré de tendresse, d’amour et de fragilité, et ce sont les vraies valeurs que le Christ nous invite à vivre, en disant qu’elles peuvent changer le monde.
Ensuite, le bébé est une promesse d’avenir, il est appelé à grandir. Il est le germe d’un futur adulte que l’on attend. Quand les chrétiens disent qu’en Jésus le Messie est arrivé, ils ne croient pas qu’il aurait dû régler tous les problèmes du monde immédiatement, mais qu’il est le germe d’un Royaume appelé à s’établir progressivement. C’est ainsi que Jésus lui-même prononcera nombre de paraboles agricoles montrant que le Royaume de Dieu ne vient pas d’un coup, mais comme une plante qui grandit. Au départ cela peut sembler peu de choses, comme un grain de moutarde, mais il faut de la patience, en grandissant cela donnera un arbre plus grand que tout.

Jésus le Messie 2.0

Jésus marque donc le début d’un processus, il est la graine, la semence. Dans une semence, il y a tout l’ADN de l’individu adulte, mais cela est invisible et dans un volume microscopique. Ainsi dans la prédication du Christ il y a toute l’information de ce Royaume de Dieu que nous voulons et espérons. Tout y est, il n’y a qu’à la développer et la multiplier... Et pour ça... nous sommes les serviteurs dont Dieu a besoin. Les serviteurs d’un monde qui soit le royaume de la paix et de la fraternité.

Le monde lui-même progresse-t-il ? On peut l’espérer, mais de toute façon peu importe, chacun est un monde en soi. Le Royaume de Dieu, « il est au dedans de vous » dit le Christ. Nous sommes invités à prendre cette information messianique et la mettre en nous comme un nouveau logiciel à installer dans sa vie pour la construire autrement.

Noël, c’est un bébé qui nous est donné... Encore faut-il l’adopter, le mettre en nous, le nourrir, le soigner, vivre avec lui pour qu’il grandisse. Ce Jésus-Bébé que l’on accueille en ce temps de Noël, sera-t-il déjà un peu plus adulte dans notre vie l’an prochain ?
Mais en même temps, un bébé, c’est bien petit, et pas facile à trouver pour les grands de ce monde. Le recensement l’oublie, Hérode ne le trouve pas. Jésus est petit, modeste, humble, il ne fait pas de bruit, mais si vous le trouvez dans l’humilité, vous trouverez le plus beau des cadeaux : un germe de vie, un amour donné, grâce, tendresse offerte pour que nous devenions nous mêmes des êtres d’amour, de tendresse, de paix et de grâce.

Louis Pernot.

 

 

« Je suis la servante du Seigneur »

 

La grâce féconde

Lorsque je fais une lecture attentive du récit de l’Annonciation dans l’évangile de Luc (1,26-38), et que j’essaie de m’extraire des siècles de tradition, il m’apparaît que l’enjeu de ce texte n’est pas la manière dont Jésus a été conçu. D’ailleurs, qui se pose la question dans les autres naissances étonnantes qui jalonnent l’Ancien Testament ? Ce qui m’interpelle c’est la visée profonde de ce texte et la foi qui s’y exprime. J’y découvre un projet fou de Dieu, et dans ce projet, il y a une toute jeune femme. On perçoit également dans ce dialogue, que l’essentiel nous échappe, et pourtant cela advient. C’est l’intuition de Bernardin de Sienne lorsqu’il écrit sur toute une page : « Dieu vient dans l’homme, le Créateur dans la créature, l’éternité vient dans le temps, la mesure dans la démesure, l’in ni dans le ni... »

Les artistes l’ont bien saisi, ce récit les a toujours inspirés. À l’aube de la Renaissance, en Italie, en cette période de basculement, où l’on change de monde, ces nombreuses représentations peuvent également nous interpeller théologiquement. C’est un tournant dans l’histoire de l’art : la naissance de la perspective, et c’est à travers les représentations de l’Annonciation qu’elle apparaît. D’ailleurs ce récit n’ouvre-t-il pas une perceptive inouïe ? La vie de Marie va être orientée vers l’imprévu. La jeune fille promise à Joseph va voir sa destinée réorientée.

Une inscription dans les d’histoires qui nous précédent

Cette naissance « miraculeuse » s’inscrit dans une longue lignée de naissances improbables, des femmes âgées ou stériles, de Sarah à Elisabeth la parente de Marie, vont enfanter contre toute attente. Mais, ici il s’agit d’une toute jeune fille. Et cette, jeune fille nous renvoie à une autre annonce, celle faite par le prophète Esaïe au roi de Juda : «Voici que la jeune fille est enceinte, elle enfantera un fils, et lui donnera le nom d’Emmanuel» (Es7,11). Cette annonce s’adresse à un roi bien précis : Achaz, puis ensuite elle va être lue comme l’annonce du Messie qui, comme Achaz, sera un descendant de David. Ainsi Marie nous est présentée comme celle par qui la prophétie peut s’accomplir.

Histoire d’un mot

Et dans l’histoire de la transmission il y a parfois des glissements, ici c’est un mot qui va orienter notre lecture, ce mot c’est « alma », toute jeune fille en hébreu. Il n’y a pas de notion ici de sa virginité, mais lorsque le mot va être traduit en grec, il va se transformer en « parthénos » qui peut signifier également vierge. La tradition chrétienne fera le reste. Gardons l’image de Marie dont la seule qualité est d’être très jeune, en effet rien ne nous est dit d’elle sur ses capacités ou ses manques, et pourtant elle « trouve grâce auprès de Dieu »(1,30).

Du péché а la grâce

Dans certains tableaux de la Renaissance on aperçoit quelques mots qui échappent de la bouche de l’ange et de Marie. L’ange prononce Ave Maria... « Ave » c’est l’anagramme, le retournement d’Eva. Comme si avec Marie, nous allions inaugurer une nouvelle ère, presque une nouvelle création. Depuis l’épisode du jardin d’Eden, la fécondité, ou plutôt la reproduction était placée sous le signe du péché, mais désormais avec Marie elle est sous le signe de la grâce. La fécondité est une grâce. Elle s’ancre dans le désir de Dieu.

« Je suis la servante du Seigneur » (1,38)

La réponse de Marie apparaît également dans de nombreux tableaux. Elle n’est aucunement une marque de soumission. Au contraire elle est le signe de sa souveraineté. Elle préfigure tout le message de l’Évangile, qui nous invite non pas à soumettre, ni à dominer, ni à humilier, mais à nous mettre au service, c’est ce qu’enseignera son fils : «C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir» (Mt 20,28). Ainsi Marie accepte le service comme une grâce. La grâce reçue lui permet de donner un sens à son existence.

Cette mise au service de Dieu et des hommes n’est elle pas la voie de la fécondité ?

 

Florence Blondon

 

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